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L'histoire du Maroc
contemporain demeure méconnue des Marocains, au point de
devenir un ensembles de grandes énigmes. Et nombre d'évènements importants de
notre histoire sont restés trop longtemps tabous. Voici un petit tour d'horizon
de quelques événements et sujets
tabous de l´histoire du régime alaouite régnant au Maroc
d´aujourd´hui, sans hypocrisie, sans guide officiel, sans police de la
pensé et sans peur du terrorisme intellectuel ou des interdits camouflés en "juridiques"!
.Hassan II. Son
fils, Mohamed VI, continue à danser sur sa musique
1. D'origine,
ce sont des Grands
voleurs et
bandits de grand
chemin
Contrairement à ce qu'a voulu faire
croire Hassan II dans son livre "Le Défi ", les Alaouites n'ont
pas succédé à la dynastie précédente.
Ils ont, en réalité, conquis le
Maroc, et s'y sont comportés en pays conquis, comme tous les occupants et
conquérants.
Ses aïeux étaient de petits chefs de bande sortis de leur
tanière du Tafilalt.
Hassan II a faussement présenté leur accession au pouvoir dans une
espèce de logique de succession, les Alaouites succédant dans l'ordre et le bien-être général
aux nombreuses grades dynasties, telles que furent celles des Almoravides, des
Almohades et des Mérinides, d'illustre mémoire, qui ont régné de Saragosse au
Sénégal et d'Agadir à Tunis.

Ali
Chérif
(1631-1636)
علي الشريف
Le premier des Alaouites était un
grand voleur et chef de bande, un condottiere
famélique. Ce fut un chef de bande qui avait besoin de contrôler la route de Sijilmassa - Fez pour écouler les produits venant du
Soudan et y acheter produits et denrées introuvables aux marchés du désert. Et
de la contrôler par la force!
La fortune et le pouvoir de la famille
"alaouite" - qui ont usurpé le pouvoir au Maroc - ne proviennent donc pas de
quelque noble origine ou de la "descendance du prophète Mohammed par sa fille
Fatima qui a épousé Ali", d'où le nom d'"Alaouite" qu'ils ont escroqué et dont
faussement ils se parent. Cette qualité de "chérif" (c'est-à-dire de "descendant
du prophète") est mensongèrement et fallacieusement partagée, avec eux, par des
centaines d'individus au Maroc et érigée en un mythe fabriqué de toute pièce et
qui peut même être "attestée" par des actes d'"adoul"
(notaires) qui peuvent facilement et fort bien s'acheter!
Ces chefs de bande sortis de du
Tafilalt, depuis le milieu du XVème
siècle, infligeront leur autorité dès 1666. Leur chef "Moulay" Ali Chérif, suivi
ensuite successivement par ses trois fils: "Moulay Chrif", "Moulay" M'hammed,
Moulay Rachid et Moulay Ismaîl réussiront à prendre le contrôle des voies de
communication transsahariennes et évolueront progressivement vers le Nord
jusqu'à l'occupation totale du pays.
2.
"Il peut faire sauter une tête d'un coup de sabre"
!

محمد بن الشريف
M'hammed
Ben Ali Chérif
(1636-1664)
M'hammed Ben Ali Chérif s'est
proclamé "sultan" de Tafilalet en 1640, suivi ensuite par "Moulay" Rachid.
La fortune volée et la "puissance" usurpée, fondée sur la violence, de la
famille "royale" «alaouite» au pouvoir au Maroc – bases originales de son
pouvoir - ne provient donc pas de quelque noble origine dont faussement
elle se pare.
La qualité essentielle de l'ancêtre
de la lignée - officiellement proclamée - d'Hassan II, et de
Mohamed 6 - Moulay M'hammed,
c'est son "exceptionnelle vigueur physique". "Il peut faire sauter une tête d'un
coup de sabre", "galoper 60 kilomètres par jour". Un boucher, un tueur. "Il va
courir et batailler partout" dit le très officiel manuel d'histoire du Maroc.
C'est vraiment tout ce qu'on en peut dire.
Le premier «grand homme» de
cette famille qui se dit "alaouite" se comporte en grand voleur et
bandit de grand chemin qui amasse son
butin, caravane par ci, caravane par là, et finit par se nommer tout seul
"sultan du Tafilalet".
C'est déjà un progrès énorme, mais l'on se prend à
regretter que la famille n'en soit pas restée là. Quand il sorte des limites de
son canton pour tenter de s'installer en maître sur la route Sijilmassa - Fez,
vieux passage des caravanes sahariennes, il trouve sur son chemin le grand
maître de la Zaouia de Dila qui régnait alors au cœur et sur le cœur du Maroc.
3. La Zaouia
de Dila face aux parasites alaouites
Il faut dire tout de suite un mot
de cette Zaouia qui a correspondu à un âge d'or, d'autant plus séduisant et
regrettable que les brutaux, sinistres et funestes Alaouites allaient surgir
pour tout détruire. "Zaouia" est un terme difficile à rendre, car il désigne
beaucoup plus qu'un monastère: la Zaouia
est un centre de rayonnement religieux et économique qui émane, à son origine, de l'action bienfaisante
d'un saint. Si l'on veut absolument établir une comparaison avec l'Occident
chrétien, disons que Dila (près de Kenitra) a eu pour le Maroc l'importance de
Cluny, en Bourgogne, pour la France, au temps de sa splendeur, le goût du luxe
en moins. La Zaouia de Dila ne vivait pas sur le pays, en parasite comme les
"alaouites", elle vivait
avec le pays, pour le pays, au rythme de ses aspirations. Elle était un organe
vital du Maroc, hautement légitime, nécessaire et admise.
Bien gérés, au mieux des intérêts
de la communauté, terres et troupeaux de la Zaouia lui donnent une base
économique solide et durable pour pratiquer l'hospitalité et exercer la
bienfaisance. La Zaouia ne perçoit pas d'impôts, ne pressure donc pas le pays,
mais au contraire redistribue sans compter et indistinctement les fruits du
travail communautaire à ceux qui en ont besoin. Tel est le véritable sens de la
"umma" ou "communauté" musulmane dont l'avarice des sultans alaouites tirera
prétexte pour razzier à leur seul profit les ressources de la terre marocaine.
La Zaouia est alors l'âme du pays: son résultat est fantastique: le pays vit
comme une république islamique, sans souverain, dans une honnête aisance
matérielle; il n'y a plus d'indigents (qui seront la marque du nouveau
régime).Son prestige devient très vite fabuleux. On accourt de tout le Maroc. La
Zaouia de Dila est un centre de rassemblement, car elle donne et ne prend pas.
Ses éléments les plus en vue donnent l'exemple d'une vie exemplaire. Une
religion sans haine, une pratique religieuse attentive, mais sans bigoterie,
l'Islam, en un mot, dans toute sa vertu. A partir de 1603, on y vient en
pèlerinage. Maîtres et étudiants y retrouvent EN PAIX les préoccupations élevées
de la foi et de la culture. Dila arbitre les conflits. On l'écoute: la force de
la raison et de l'exemple. On ne croit pas une canaille couronnée qui rend la
justice. Les décisions de la Zaouia ne sont jamais discutées. Le poids moral et
la solidité de ses partisans vont arrêter un temps le rezzou de Moulay M'hammed,
"sultan du tafilalet" et homme sans foi ni loi. L'Alaouite recule mais se
cramponne sur une zone où l'influence de la Zaouia ne s'étend
malheureusement pas: l'Oriental. Après 1650, il prend Oujda et Tlemcen Mais au
premier froncement de sourcils des Turcs qui ne s'étaient pas méfiés de ce
pilleur de caravanes, il regagne ses bases de Tafilalt."Il n'entreprend plus que
de simples razzias". Dès leurs modestes débuts, les Alaouites mettent clairement
en évidence leurs moyens d'action: la violence pour s'imposer, le pillage pour
se maintenir. Attitude parfaitement négative qui mettra le pays à feu et à sang
et le laissera exsangue lorsque l'Occident impérialiste et fortement
industrialisé, appuyé, dans le cas de la France, sur les intrigues de
l'Alliance Israélite Universelle prétextant une aide à apporter à la
communauté juive locale,- (l'équivalent des intrigues des négociants juifs de
la Régence d'Alger, les frères Bacri, vraie cause de l'intervention armée de la
France, sans compter des raisons analogues en Tunisie) - effectuera sa
grande poussée en avant. Et encore les premier Alaouites, avaient -ils, au moins, une qualité: la hardiesse au feu
qui en eussent fait d'excellents officiers subalternes. Les suivants seront de
vraies lavasses: cruels encore, mais lâches et pusillanimes.
4.La méthode alaouite: le pouvoir
par l'argent, la violence et la corruption

رشيد بن الشريف
Rachid
(1664-1672)
Ces razzias, odieuses contre le peuple, paraissent encore trop minables au frère
cadet de Moulay M' Hamed, Moulay Rachid, aussi vigoureux que son frère,
mais moins limité intellectuellement ou plutôt davantage gourmand. M'hammed s'en
méfiait, mais pas assez.
Rachid échappe donc un jour à la fraternelle surveillance (trait constant chez
les Alaouites) et quitte le foyer familial, à la mort de leur père Moulay
Chérif, en 1659.
La présence paternelle empêchait M'hammed de liquider son frère. Cadet de
famille, arriviste sans scrupules, il fait un petit tour du Maroc avec une
poignée de compagnons. A cette époque, l'on pouvait circuler sans
problèmes. Cela ne devait pas durer. Il exploite à fond un nom qui commence à
être strictement connu, s'en sert pour recruter une petite troupe qui ne rêve
que plaies et bosses et il lui permettra de se constituer un trésor de guerre.
Deux choses importent: le pouvoir et l'argent: le pouvoir par l'argent; le
pouvoir donc l'argent. Stricte méthode alaouite.
Violence et corruption. Repoussé dans tout le Maroc, Rachid, dans la région de
Taza, est à bout de forces. Au Nord -Est de Taza, il y a un gros village dans
les montagnes des Beni Snassen, prospère et pacifique: Dar Ben Mechaal. Rachid
et sa poignée de ruffians s'en emparent de nuit, par ruse.
Préservée de toute tyrannie
centrale, la région avait prospéré et ses habitants avaient économisé. Rachid
rafla tout, rançonna les survivants et vendit les femmes jeunes et les enfants,
du moins ceux qu'il ne garda pas pour ses plaisirs. Cette action si peu
glorieuse et qui relève strictement du droit commun devient un siècle plus tard,
dans les récit appointés des
historiographes du régime, car l'on ne pouvait pas taire un hold-up aussi
sanglant et une telle friponnerie:
"une action de purification réalisée par Moulay Rachid aux dépens d'un Juif
nommé Ibn Mechaal qui terrorisait et pressurait les Musulmans des environs de
Taza!" On fait même de cette communauté montagnarde un royaume juif qui aurait
survécu à l'islamisation du pays! Comme si les montagnes marocaines, à la
religion aussi sourcilleuse, eussent pu laisser subsister un royaume
d'infidèles! Le mensonge, deuxième mamelle, après la violence, du pouvoir
alaouite, fait ainsi son apparition sur la scène de l'Histoire. Mais ensuite le
défunt Hassan II n'a plus eu assez de ses thuriféraires dupes ou appointés; il
s'est mis à écrire…Cet acte de brigandage est alors devenu un haut fait du
premier souverain de la dynastie. Mentez, mentez, il en restera toujours quelque
chose. Dans son traité sur la Politique, Aristote dit que certains
mentent, non pour telles ou telles
raisons, par intérêt ou lâcheté ni orgueil, mais parce qu'ils sont
menteurs par nature. Il n'est que temps de rétablir la vérité, sinon le dernier
des Alaouites aura presque réussi à
faire passer ses aïeux pour de petits saints Louis. Il est vrai que ce saint Louis n'en était pas un, mais
certainement pas un malfrat!
Rachid avait enfin ce qu'il voulait: des
coffrets de pièces d'or qui surchargeaient les bâts de sa caravane de mules. Il
acheta de la poudre, des armes
modernes et des munitions: jamais
ce Rif n'en a manqué! Il lui en resta assez pour acheter le concours de quelques
centaines de Cheragas, tribu arabe de l'Orientale qui était supposée obéir à son frère
aîné Moulay M'hammed!
M'hammed tenta bien de réagir, mais c'était trop
tard. Ce n'était pas un affrontement où l'intelligence politique avait son mot à
dire, il n'y avait ni intelligence ni politique dans cet assaut contre un
pillard vieillissant et un pillard au mieux de sa forme. Le plus jeune gagna
donc et tua l'aîné. Les soldats de son frère passèrent aussitôt du bon côté,
celui du vainqueur, en 1664.
Le chef de bande est désormais sans entraves! Il prend Taza, puis Fez en
1666/1667 et rase la Zaouia de Dila. Un acte de barbarie: Rachid ne pouvait
supporter son prestige et son pouvoir d'attraction, lui qui n'existait que par
la violence. Il s'empara finalement de Marrakech et, comme d'habitude, en
massacra les défenseurs, dont Ari, le chef des Chebanats, la tribu guiche du
hark. Mais il devait curieusement mourir dans sa dernière conquête. Le deuxième
jour de la fête de l'Aïd el kébir, alors qu'il traversait le jardin de l'Agdal,
son cheval s'emballa et Rachid se fracassa le crâne contre la branche basse d'un olivier. Curieuse
fin pour un homme dont la qualité essentielle était d'être précisément un
cavalier hors pair"! On a dû aider son cheval à s'emballer. Et il existe, de
toute façon, bien des moyens de casser la tête à un gêneur. Mais l'histoire
officielle tient absolument à cette histoire de cheval emballé qui arrange bien
des choses, et surtout les affaires de ses frères. Sa prise de pouvoir avait
plongé le Maroc dans la guerre, les massacres et l'enchaînement de la violence.
Sa mort va inaugurer les guerres de succession qui ravageront le pays pendant
des siècles. Toute la famille veut participer à la curée. Il n'y a pas d'ordre
de succession.
5.Moulay Ismail: Un
harem de 500 femmes,
800 enfants,
grand
bâtisseur de prisons,
une armée de 150.000 esclaves noirs
Jadis les sultans marocains
désignaient de leur vivant un héritier: c'était le moindre mal, car il
s'agissait du plus capable.
Mais avec les "Alaouites", les frères du défunt vont déshériter les neveux qui
vont se venger etc…
Les Atrides auraient passé pour une famille unie, à côté de ces scènes
de tuerie familiale dont le pays va évidemment faire les frais.
Le bilan des tueries provoquées par l'anarchie FAMILIALE est terrifiant.
Le fils de Rachid, Ahmed ben Mahrez se proclame évidemment sultan dans le Sud.

اسماعيل بن الشريف
Ismail
(1672-1727)
Moulay Ismail, frère cadet
de Moulay Rachid, se proclame sultan à Meknès dont il est gouverneur et qui
restera sa ville chérie. Il en fera la plus fabuleuse caserne du monde. Il se
constitua un harem de 500 femmes et deviendra père de plus de 800 enfants. Son
principal conseiller fut le banquier juif
CARSINET Aaron. La guerre entre l'oncle usurpateur
et le neveu dépouillé, mais qui a hérité de la pugnacité paternelle, va durer 14
ans. Et dire que c'est ce Moulay Ismail qui passe pour avoir rétabli l'ordre!
Mais c'est
lui qui a provoqué cette situation personnelle, car son cher neveu
n'était pas un bambin fragile, il pouvait très bien prendre la succession de son
père; il n'avait pas besoin d'un tuteur.
Au reste, Ismaël n'a jamais justifié légalement son attitude: je prends la
première part, parce que je m'appelle lion, dit la fable! Petit détail juridique
qui a "échappé" curieusement à son descendant Hassan, quand il en fait l'éloge,
Hassan n'a pas eu d'oncle pour lui souffler sa place, car le Protectorat
veillait et les Français y ont exporté la règle de primogéniture qui avait,
malgré quelques bavures, fait merveille chez eux pour appesantir le pouvoir
royal et briser toute résistance populaire et aristocratique à l'État fiscal
qu'il voulait absolument puissant et personnel, reposant sur une bourgeoisie
avide qui deviendra une ruche d'essaims coloniaux et expansionnistes!
Il
est impossible de donner le détail des assassinats, des trahisons et des
pillages. C'est un sanglant Western qui pourrait s'appeler: "le peuple, la brute
et les truands". Pendant que Moulay Ismail, le soi-disant "invincible" essayait
de coincer son neveu qui le baladait dans tout le Maroc et particulièrement dans
le Sud, le reste du pays tentait d'en profiter pour échapper à la poigne du
pillard du Tafilalt devenu sultan par la grâce de quelques ulémas terrorisés ou
achetés. Le pseudo règne de Moulay Ismail n'est pas un règne, c'est une carrière
de flic, la gigantesque répression d'une "manif" qui ne cessera jamais, car le
pays n'acceptera pas son pouvoir. Son sceptre n'est qu'un sabre.
Naturellement, un de ses frères,
El-Harran lui dispute aussi le pouvoir, dans le Tafilalet, "berceau" de ce gros
panier de crabes. Il n' y a aucune raison. El-Harran a autant de "droit"
qu'Ismail, après tout. Tous deux sont également impopulaires. Ce genre de
situation atroce se retrouve dans toute l'histoire de la dynastie jusqu'au XXème
siècle inclus. C'est l'existence de la dynastie qui met le Maroc en péril.
Ahmed ben Mahres se proclama
finalement "roi" de Taroudant, dans cette région si florissante sous les
Saâdiens et dont les Alaouites feront un désert. Son seul tort fut de croire que
son oncle acceptait la situation, la partition de facto. Ainsi Moulay
Ismail le fit-il assassiner dans l'Anti-Atlas. Sa mort ne résolut rien pour
Moulay Ismail, car il ne fut évidemment pas accepté par le Sud qui avait perdu
l'habitude de dépendre d'un despote.
6."Qu'ils me haïssent, pourvu qu'ils me craignent
"
Tous ces échecs avaient démontré à Moulay Ismaïl le flic la nécessité d'un
matraquage efficace, s'il ne voulait pas finir comme son neveu. Il lui fallait
une armée. "Qu'ils me haïssent, pourvu qu'ils me craignent ": il n'a pas
inventé l’expression terrible tirée d’une tragédie romaine d’Accius mettant en
scène Atreus, père d’ Agamemnon, et
que l’Empereur réputé fou Caligula aurait, d’après Suétone, fait sienne,
mais, en revanche, il a perfectionné le système. Son armée sera sa seule idée
politique, son unique préoccupation. Et le pays ne peut ni ne veut évidemment
pas lui fournir assez d'hommes. Il va importer! Une armée permanente pour une
guerre permanente faite aux Marocains. Moulay Ismail
achète donc des esclaves noirs importés de l'Afrique noire. Il en achètera
pendant tout son règne. Il aura ainsi une armée d'esclaves noirs de 150.000
hommes forcément attachés à sa personne: l'armée la plus nombreuse de son temps.
Louis XIV son contemporain qui aura tant fait la guerre et dévasté des villes
allemandes, ruinant Heidelberg, par exemple, et le Palatinat,
n'a que de "petites" armées de 30.000 à 40.000 qui lui suffisent à affronter
l'Europe et à le faire surnommer le Mars Très Chrétien! Il en faut quatre fois
plus à Moulay Ismail pour occuper et tenir le Maroc qui se couvre de casernes et
non plus d'écoles ou de mosquées.
Moulay Ismail a été un grand
bâtisseur, c'est vrai, mais un grand bâtisseur de Qasba-prisons-casernes-perceptions.
Il et aussi le premier à avoir fait de l'élevage d'hommes esclaves pour fournir
ses compagnies de prédateurs.
Le système est simple. Les petites filles
noires sont esclaves dans les palais où elles reçoivent "une éducation ménagère"
(sic). Les petits garçons noirs s'amusent jusqu'à dix ans. A cet âge, ils
commencent en fait le service, par la conduite de bêtes de somme. Plus tard, ils
font le maçon sur les innombrables chantiers du sultan mégalomane.
A 14
ans, ils touchent leur premier cheval qu'ils montent à cru. Puis ils apprennent
à tirer à pied et à cheval. A 18 ans, ils sont versés dans l'active. Le
soldat esclave qui n'a pas connu d'autre univers, robot soigneusement remonté,
est mûr pour se faire tuer et pour tuer. Il est mûr aussi pour se marier: avec
son paquetage, il reçoit, comme on touche une prime, une petite esclave devenue
ménagère accomplie, avec ordre de faire le plus possible de petits soldats qui
ne coûteront plus rien au sultan.
Cela ne suffisait pas à Moulay Ismail. Le protectorat va opposer, deux cents ans
plus tard, les Berbères aux Arabes. Lui va opposer les Arabes aux Berbères: les
successeurs de Lyautey n'auront qu'à lire l'histoire du Maroc pour savoir
comment diviser un pays pour régner, en jeter les forces vives le unes contre
les autres. Le détruire
pour y installer un pouvoir étranger constitué d'esclaves noirs ou des
maîtres occupants colonialistes. Pour achever de quadriller le Maroc, ses
150.000 esclaves transplantés ne suffisant pas, Moulay Ismail crée des tribus "guich",
c'est-à-dire des tribus d'origine arabe installées dans les plaines, qui, en
échange du "service militaire" (on devrait dire "sévices militaires"!) reçoivent
des terres en toute jouissance. Mais comme ces seigneurs de la guerre ne peuvent
évidemment les cultiver eux-mêmes, qu'ils n'en ont pas le temps et que ce n'est
pas digne d'eux, ils emploient des métayers, le plus souvent payés au cinquième
des récoltes et des troupeaux.
7.L'esclavage sous toute ses formes
Ismail crée donc une caste militaire avec tout ce que cela implique de féodalité
guerrière inefficace sur le plan extérieur et
en corollaire, une masse de paysans pauvres, d'indigents en puissance livrés
sans défense au despotisme des petits seigneurs locaux. Des esclaves blancs en
fait et désarmés ceux-là. L'esclavage sous toute ses formes, déguisé ou non, est
- et a toujours été - le piler du régime "alaouite" au Maroc. Encore aujourd'hui
la monarchie réclame des sujets et non des citoyens. Pour diviser et dominer sur
ses sujets Ismail les dénature davantage et les déracine, en les parachutant
dans des régions où ils n'avaient aucune attache. Le despote sait que
l'enracinement est un facteur d'union nationale qui peut se retourner contre sa
tyrannie. Une moitié des Oudaya surveilla Fèz, l'autre moitié surveilla
Meknès. Les chebanats du Haouz, qui avaient résisté à son frère Moulay Rachid
(qui avait exterminé ses chefs), furent envoyés à 800 kms de chez eux, pour
surveiller les tribus berbères des Beni Snassen que Moulay Rachid avait
dévalisées (cf. l'histoire de Dar el Méchal) au Nord-Est du Maroc. Et surtout il
installa les tribus "guich" dans le Tadla, sur les ruines de la Zaouia de Dila,
pour surveiller "la puissante forteresse berbère du Moyen Atlas et du
Haut Atlas Occidental".
Ismaël allait déclencher une guerre civile de 24 ans qui durera en fait
jusqu'à ce que les forces françaises réduisent les derniers villages libres en
1934! Les montagnards n'accepteront jamais la présence alaouite, et ils ont les
moyens de se défendre. Ils n'accepteront jamais l'établissement d'un système
"monarchique" tout à fait étranger et contraire à l'esprit de l'Islam. Les
Alaouites constamment repoussés useront de leurs malheureuses troupes fourvoyées
dans une sale guerre en les envoyant " à l'assaut du ciel " pour tenter
d'affirmer leur pouvoir personnel autocratique et illégitime. La confédération
des petites républiques islamiques de la montagne, puissamment motivées, pliera
parfois un temps, mais ne rompra jamais.
8.Etat-personnel
Les alaouites ont ouvert le Maroc
aux envahisseurs
Seule l'obstination tyrannique du palais provoquera une situation d'anarchie
"légale" et "organisée" dans une société normalement en équilibre et qui vivait
heureuse.
Anarchie créée par le pouvoir "Alaouite" qui entravera le
développement harmonieux d'une nation, préparera le lit aux envahisseurs
étrangers et dont seul le protectorat tirera bénéfice
Là encore, il est impossible de
citer toutes les opérations. Elles sont malheureusement identiques. Les armées
alaouites tombent sur notre pays comme un vol de sauterelles, à cette différence
près que ces acridiens s'attaquent aux hommes.
En 1679 Moulay Ismail qui a franchi l'Atlas se fait éparpiller dans le Todghra,
les gorges somptueuses de l'Oued deviendront son Roncevaux. "Il y perd même le
commandement de ses troupes. Les restes de son armée sont emportés dan une
tempête de neige en repassant l'Atlas au col de Telouet. Il s'en sort de
justesse et son descendant Moulay Hassan Ier,
qui aura tout oublié et rien appris, subira le même revers, au même endroit,
deux siècle plus tard.
Mais faire mourir des dizaines de milliers d'hommes ne compte pas pour lui: il a
ses centres de remonte, ses haras humains dont il lancera les produits dans une
nouvelle aventure sanglante.
Son descendant, Hassan II vante dans son "Défi" ses succès contre
l'étranger. Mais Tanger a été abandonné par les Anglais qui lui préféreront la
position supérieurement stratégique de Gibraltar. Moulay Ismaël n'a donc conquis
qu'une place vide! Et dans ses rapports vrais avec Louis XIV - pas ceux
folkloriques de son mariage projeté avec une princesse de Conti! - il a toujours
cédé. Il arrêta même la guerre maritime - la fameuse course que les étrangers
savaient fort bien utiliser à leur profit - et n'a pas su obliger Louis XIV à un
échange général des prisonniers.
Contrairement à l'image trop répandue des vilains barbaresques détroussant les
navires chrétiens, il y avait beaucoup plus de Marocains prisonniers du roi de
France et qui permettaient aux galères de Colbert de naviguer, que de Français
dans les geôles de Moulay Ismail (quelques dizaines seulement), Moulay Ismail se
contenta d'un échange de un contre un qui avantageait outrageusement le "Roi-Soleil".
Louis XIV avait, du reste, bien tort de traiter d'État à État.
Avec un
"Alaouite", il faut parler gros sou. Les Espagnols s'y prendront beaucoup mieux.
Ils enverront un franciscain, le bon frère Diego, lequel, bien appartenant à un
ordre mendiant, arrive avec des cadeaux pleins le froc. Le frère Diago parle
très bien l'arabe, amuse le sultan, le comble de cadeaux. A chaque présent, il
reçoit en échange un ou deux prisonniers espagnols. En 35 ans Diego recevra 60
prisonniers. Pas question de réciprocité pour les Marocains prisonniers des
Espagnols: des nationaux, Moulay se moque bien! Il a ses belles pendules en or,
ses broquarts éclatants, ses armes enrichies de pierres précieuses et même des
services à thé. Les Marocains peuvent bien pourrir dans des prisons ignobles,
les plus atroces d'Europe: le sultan s'amuse tellement avec
frère Diégo!
Le "grand" homme de la famille
meurt de sa belle mort, comme la plupart des tyrans: "sa mort est le signal
immédiat de l'anarchie… Le Maroc est secoué par la plus grave crise de son
histoire." Ce n'est pas moi qui le dit , qu'on ne m'accuse pas de
"subjectivité ", c'est le manuel scolaire marocain.
Après sa mort, et par les luttes internes entre les descendants de
"Moulay" Ismaël pour le pouvoir, le Maroc fut plongé dans des guerres
civiles sanguinaires et interminables jusqu'au début du vingtième siécle,
affaiblessant ainsi le pays et l'ouverant largement aux envahisseurs étrangers.
La réalité accusatrice est tellement énorme qu'on ne la peut
cacher. Toute la tyrannie du règne de Moulay Ismail aboutit en fait - après des
dizaines de milliers de victimes - à la plus monstrueuse et à la plus sanglante
des pagailles, uniquement à cause de la nature du pouvoir alaouite. Pour mettre
le pays à genoux il a passé son règne à inventer une armée d'occupation
constituée d'esclaves noirs étrangers et de petits féodaux. Et ce, pour rétablir
un ordre qui n'est troublé du reste que par sa présence!
Et cette armée (chargée de maintenir un Etat-personnel et un pouvoir
strictement personnel contre la nation) va se retourner, enfin de compte, à la
fois contre l'État "alaouite" et contre la Nation marocaine. Les horreurs des
empereurs romains de la décadence ne sont que jeux de patronage à côté des
cruautés dont les fils et descendants de Moulay Ismail ( dont voici, ci-dessous
les portraits par ordre de succession) soutenus par leurs mercenaires
étrangers, vont se rendre coupables.
9.
Abdelaziz: descendant d'une mère
circassienne,
désigné par un esclave noir qui exerçait le vrai pouvoir

"Moulay" Hassan I (1873 - 1894) - portrait et sur le
cheval - (grand-père de Hassan II)
ayant à sa droite le "célèbre" " Grand Vizir" noir Ba Ahmed

Le sultan
abdel aziz, fils de Hassan I(né le 24 fevrier 1878 à Marrakech),
ici en tenue d'officier turc: sa mère "lalla rkia" était turque d'origine juive
La
mère de Moulay Abdelaziz était circassienne d'origine juive. Elle s’appelait Lalla Requïa,
elle savait chanter et danser. Elle avait été achetée chez un
spécialiste de Constantinople, avec trois autres filles toutes aussi
circassiennes, pour un prix global de cent mille francs or. Ce n’est pas la
somme, en soi fabuleuse, qui intéresse ici
ni cet épisode de l’histoire vue par le trou de la serrure, mais bien le rôle
que va jouer Lalla Requïa pour l’avenir de la dynastie : elle ne s’est pas contentée
de chanter et de procréer, elle a aussi joué un rôle politique néfaste : elle
dominait complètement l’esprit du vieux Moulay Hassan, ce qui explique
qu’Abdelaziz devint le fils hautement préféré et élevé dans du coton au Palais, tout en étant un instrument
docile dans les mains de Ba Ahmed qui pouvait
ainsi manipuler plus facilement le sultan par l’intermédiaire de l’épouse
préférée et intrigante. C’est sans doute ce qu’a voulu insinuer Hassan II,
en l’occurrence officiellement arrière petit neveu de la circassienne, quand il
écrit : «C’est avec fierté que je puis dire que les mères, grand-mères, aïeules des souverains alaouites
appartiennent toutes aux familles populaires les plus modestes (« Le Défi »,
p.149) ». Ce doit être une démonstration par l’absurde ! On s’attendait même à
ce qu’il nous parlât de sa propre mère offerte par le Glaoui à son père
enceinte - de lui - de six moi, mais il nous laisse sur notre faim. Les
contrevérités d’Hassan II s’accrochent désespérément aux généralités. Ni nom, ni date,
ni fait. Je règne, donc je mens.
10.
Ba Ahmed: qund un esclave
devient le vrai sultan...
Ba Ahmed
-
d'un père noire venu d'Afrique noire, et d'une mère juive, c'est-à-dire, selon
la tradition sioniste, un vrai juif - n’était ni politicien
local ni un homme d'état marocain.
C’est une tradition familiale qui tient d’une part au goût déjà démontré des
Alaouites pour le personnel esclave servile et d’autre part à leur méfiance
constante envers les Marocains
Laissons un observateur étranger le
décrire. Parlant de Ba Ahmed et de son pouvoir au
Maroc, voici
ce qu'a écrit l'écrivain Français
Robert Brasillach, dans
son livre La Conquérante, republié chez Plon à Paris en 1943, p 333
:
"Le maître du monde, à Marrakech, c'était le grand vizir Ba Ahmed, fils d'un
nègre et d'une juive. Un horrible personnage, bouffi de graisse, avec un ventre
ballonné, un goinfre, brutal et sadique. Comme il était de basse extraction, il voulait tout ce qu'il
y a de plus beau, les bijoux, l'or, les palais ... Et
ne croyez pas qu'il ait simplement laissé
faire. Il
discutait avec les architectes, un peu à coup de bâton, il leur imposait ses
idées, et finalement celles d'un Français qui est le véritable inspirateur du
palais. Je l'ai connu, c'est le capitaine Erkmann, qui avait gagné les bonnes
grâces du nègre et de son principal architecte El Mekki."
Pour gouverner contre leurs sujets, les
alaouites ont toujours fait appel à des esclaves ou à des renégats qui leur
devaient tout. Moulay Ismail a donné l’exemple en séquestrant le
pays avec une armée d’esclaves importée à prix d’or ou volée chez des
particuliers au mépris du droit des gens.
Sitôt arrivé à Rabat avec la dépouille de son maître - Moulay Hassan I - mort depuis quatre jours, Ba Ahmed avait jeté en prison les deux fils aînés de feu le
sultan : Sidi Mohammed et Moulay Omar. Ce qui avait grandement simplifié dans un
premier temps les problèmes de succession. Puis comme son rôle d’homme de
confiance et de grand maître des cordons de la bourse ne l’avaient pas
suffisamment enrichi, il fit main basse sur la fortune
du Grand Vizir ( Djemaï) et du ministre de la guerre (
Si Mohammed Seghir), - fortunes acquises, tout aussi scandaleusement du
reste - en jetant ces deux personnages dans un cul de basse fosse à Tétouan, pour
éviter toute réclamation. On ne les revit jamais.
Il avait ensuite nommé aux
postes « importants » des hommes dévoués à sa personne ou incapables, souvent
les deux. Entourés de nullités ou d’instruments dociles,
Ba Ahmed pouvait gouverner tranquillement : ce n’était
pas « l’héritier de cent rois », l’inexistant Moulay Abdelaziz qui allait le
gêner.
11.
La canaille Ba Ahmed, sous produit des alaouites,
gouvernait le Maroc pendant des années!
Analphabète et
borné, Ba Ahmed
ignorait tout du reste du monde, grave lacune à l’heure où l’impérialisme
triomphant cherchait partout des os à ronger. Il avait seulement hérité de son maître Hassan Ier l’art de diviser
pour régner sur le pays , de
neutraliser les forces vives du Maroc dont la conjonction aurait été mortelle
pour la couronne. Pour régner, il fallait vivre contre le pays réel ou
être chassé.
Ba Ahmed allait vivre à n’importe quel prix pour
assurer un pouvoir que le monarque n’était pas même en mesure de lui disputer. En effet, l’on ne vit pas
tranquille, quand on « gouverne » seul contre tous.
Le premier ministre tout neuf ne dormait jamais deux fois de suite dans le même
lit pour échapper aux inévitables assassins. Son frère Si Saïd occupait une
position essentielle pour la bonne marche des affaires : il goûtait tous les
aliments qui étaient présentés à son frère.
Ba Ahmed avait tellement peur d’être empoisonné que Si Saïd assistait en personne à la préparation
de menus de vizirs et faisait sceller les
plats pour qu’on ne puisse rien y jeter entre les fourneaux et l’estomac (de
requin) du maître du Maroc. Le système ultra corrompu marcha fort "bien" pendant des années. Puis
Si Saïd mourut de mort naturelle, supposa-t-on, tout en sachant très bien que
personne ne goûtait ses plats à lui. Son frère le suivit dans la tombe au bout
de quelques semaines. On est en mesure d’affirmer, sinon de prouver, que ce
n’est pas le chagrin qui l’a terrassé !
Mais comme personne ne
voulait remplacer Si Saïd…
C’était ça le gouvernement
alaouite, à l’aube du 20ème siècle. C’était donner bien des
tentations à un (futur) envahisseur qui n’en demandait pas tant.
Cette franche canaille de Ba Ahmed maintenait seule la fiction d’un gouvernement.
Sa mort, le 13 mai 1900, marqua vraiment le commencement de la fin.
12. Après Ba
Ahmed, Abdelaziz ne régnait que sur
son palais
qu’il ne pouvait pas quitter sans risque
Le vieux
ministre avait parfois réussi à faire rentrer des impôts. Quelques garnisons
chérifiennes vivotaient encore à Taza, Oujda, Tarfaya, Agadir et Taroudant et
dans le Tafilat « berceau » de la dynastie, où elles
étaient supportées par le peuple, à la condition expresse de ne pas quitter ses qasbas écroulées. On les oubliait.
La mort de Ba Ahmed allait permettre à Moulay Abdelaziz, non pas de
régner sur son royaume, il en était bien incapable et ses sujets n’en voulaient
pas, mais au moins sur le palais de Fez qu’il ne pouvait pas quitter sans
risque.
Enfin il régnait en maître au bout de sa chambre, un beau cadeau pour ses
vingt-deux ans. Il s’en offrit un autre et c’est tout ce qu’il fit : il
confisqua l’énorme fortune de Ba Ahmed qui laissait
inachevé le somptueux palais de la
Bahia à Marrakech, indécent de luxe, escale obligée aujourd’hui pour les
touristes consciencieux, et dont pas un zellige (céramique),
pas un morceau de cèdre n’a été acquis honnêtement.
Le palais de son frère Dar Si Sahid,
a été édifié tout près de la Bahia dans les mêmes conditions. Les partisans du
frère d’Abdelaziz, Sidi Mohamed, qui
était toujours en prison, tentèrent bien de se battre, les armes à la main pour
leurs favoris, mais sans une victoire exagérée, si bien que le très jeune
ministre de la guerre, aussi séduisant que nul, réprima facilement de menus débuts d’insurrection qui n’auraient
rien changé.
Ravis de cette « efficacité », le sultan s’empressa de lui remettre les réalités
de ce pouvoir que Ba Ahmed avait emporté dans la tombe. L’élégant gentilhomme
remplaça le vieux noir retors et Moulay Abdelaziz retourna à sa vie de gamin
trop gâté.
Tout était en ordre. C’est-à-dire dans le plus grand désordre. "La nation
marocaine n’existe pas sans le roi " a Hassan II eu le culot et lecourage de dire dans son:
« Défi », (p.9).
En cette année zéro du vingtième siècle le sultan
n’existait plus, la nation marocaine survivait malgré lui, les puissances
occidentales veillaient sur leur proie. C’est grâce au vélo que le sultan allait
découvrir l’existence de l’Europe.
13. Abdelaziz ne régnait plus que sur une
foule de gadgets et de jouets du sultan
Abdelaziz, sultan sans royaume, ne régnait plus que sur une foule de gadgets qui
captivaient l’essentiel de son temps et vidaient la totalité du trésor public et
celui laissé par son père Moulay Hassan.
Un souverain alaouite - jusqu'à Mohamed VI d' aujourd'hui - n’a jamais vraiment su ce
que c’était qu’une route, qu’un hôpital, une école; il ne joue que des semblants
d'exercices théâtrale du pouvoir, et jamais l’argent des
impôts n’a été employé essentiellement pour la collectivité : le trésor public, c’était la
tirelire du roi. Jusque là, aucun souverain ne l’avait complètement cassée. On
pressurait le peuple, oui, mais on gardait toujours un petit fond de caisse. Même Hassan Ier avait réussi à laisser 60 millions de pesetas hassaniens à son fils gâté.
Mais
Abdelaziz allait toucher le fond du gouffre, casser sa belle tirelire et
endetter le pays pour s’offrir des joujoux. La dynastie a infligé au Maroc une
belle série de coquins criminels et incapables.
C’était la première fois que la mafia alaouite
présentait un adolescent attardé. Il était devenu la coqueluche des
représentants de commerce juifs qui savaient que l’on pouvait vendre n’importe
quoi au sultan de Fèz. Des autos, pour rouler dans les jardins du Palais,
puisqu’il n’y avait pas de routes et personne pour assurer le service après
vente. Des bicyclettes, des canaux à moteur, des pianos à queue, des appareils
photos.
Il en acheta même une bicyclettes en or massif ( 37.000
francs or) fait spécialement pour lui « sur mesure » par un industriel cynique. Il faisait
venir des prestidigitateurs de toute l’Europe pour acheter des tours qui
n'étaient pas à vendre. Il s’enticha ensuite de feux d’artifices. On tira tous
les soirs pendant des semaines des fusées qui ravissaient l’entourage d’Abdelaziz, mais dont la
valeur aurait suffi à nourrir dix mille personnes pendant trois mois .
14. Amuser "le descendant du prophète"
pendant que croule la nation du prophète !
Ensuite ce furent les cuisinières à charbon, mais il n’y avait pas de charbon
pour plus de deux jours. Puis les pendules, sans doute nécessaires pour le
« maître de l’heure ». Puis des corsets de femme et des falbalas des grands boulevards parisiens. Bref,
n’importe quoi à n’importe quel prix. Rien n’est trop beau ni trop cher pour
amuser "le descendant du prophète" pendant que croule la nation du
prophète.
La seule innovation politique d'Abdelaziz, entre deux séjours à la nursery sera la création
du "tertib", un nouvel impôt qui sera parfaitement exploité par
le "Protectorat" pour avantager les colons européens au détriment des Marocains.
Mais ce n’est pas l’occupant qui l’a inventé, comme le prétend Hassan II, mais
bien son grand-oncle sorti pour une fois de son infantilisme. Et c’est son autre
grand oncle Hafid qui aggravera cet impôt inventé pour
remplacer l'impôt islamique Zakate seul admissible. Cet instrument d’oppression est
le seul fait de la dynastie encore au pouvoir au Maroc aujourd'hui, instauré douze ans avant qu’un autre souverain alaouite ne signât le honteux
traité d'occupation appelé: "protectorat".
Mais, comble d’infortune pour le
souverain velléitaire, l’impôt new-look et détesté aggrava la trésorerie
alaouite puisque les anciens impôts abandonnés ne rentrèrent évidemment plus et
que le nouveau mit près de deux ans à rapporter dix fois moins que les anciens.
Coup d’essai, pas de clerc. Mais Abdelaziz s’en fichait :il était déjà retourné à ses petites voitures mécaniques et
pour payer des factures il empruntait de l’argent aux banquiers juifs et aux puissances occidentales
ravies de prendre une hypothèque qui se révèlera être impossible à lever.
Ces factures impayées d’un monarque incapable, c’est le peuple marocain qui
devra les payer de 44 ans d’un protectorat qui s’en ira en donnant en 1956 à un
sultanat traditionnellement impuissant les moyens matériels, sécuritaire et
militaires d’une dictature féodale mécanisée et
aggravée. Moulay Abdelaziz est un filou, un insensé, un fou criminel de
l’histoire de notre pays. Coupable de haute trahison, il s’esquivera avec un
gros pourboire bien mérité jeté par la future puissance occupante qui le lui
devait bien : il a fait beaucoup pour la France. Assez pour discréditer à tout
jamais une dynastie qui aura précipité un pays dans l’abîme.
15.
Quand
Ba Ahmed empêcha
l’envoyé
spécial français de rencontrer Abdelaziz...
La
compétence de l’entourage politique du premier ministre était si ahurissante
qu’elle stupéfia l’Europe.
Ba Ahmed avait décidé d’envoyer un représentant de la
couronne aux fêtes du jubilé de la reine Victoria, à Londres en 1897. Les
Anglais tenaient beaucoup à impressionner les Marocains par leur faste et la
grandeur de l’impératrice des Indes offerte à l’admiration des foules.
La délégation marocaine devait faire un petit crochet par Paris, louable souci
d’économie, pour ménager l’amour-propre des Français qui n’avaient rien à fêter,
mais qui étaient d’envahissants voisins en Algérie. C’était une bonne gestion,
c’aurait pu être de la bonne politique.
Hélas, Ba Ahmed choisit comme ambassadeur un de ses frères, pas
celui qui goûtait ses plats pour mourir empoisonné à sa place, un autre, dont
tout Fèz savait qu’il était « faible d’esprit ».
Faible mais suffisant, sans doute, pour ces vagues "tribus" françaises et
anglaises que Ba Ahmed sous-estimait,
d’autant plus qu’il n’en savait rien.
Ce qui devait arriver arriva. Pendant que l’ambassadeur exceptionnel regardait
une brillante revue des troupes françaises sur l’hippodrome de Longchamp, ce qui
aurait pu lui donner des idées sur la force militaire des puissances économiques, il piqua une crise de démence. Il
fallut le ramener à son hôtel, écumant, prononçant des propos incohérents.
Son Excellence l’ambassadeur de la cour alaouite venait de sombrer
définitivement dans la démence la plus totale. Les Français le rapatrièrent sur
le croiseur « Alger », transformé pour la circonstance en asile diplomatique qui
débarqua le bienheureux frère du
premier ministre à Mazagan. On l’enferma à Marrakech.
Ba Ahmed qui avait tout perdu, et d’abord l’honneur dans cette pénible
affaire, y gagna pourtant un joli cadeau l’année suivante. Puisque le Lagardère
marocain ne pouvait pas aller au Quai d’Orsay, la France irait à lui. Ba Ahmed, suivant sa bonne habitude, empêcha l’envoyé spécial
français de rencontrer Abdelaziz, le reçut entre deux portes, mais en reçut un
jeu de superbes glaces qui ornent encore le palais de la Baya.
16. Ba Ahmed: sous
produit du
système du gouvernement alaouite
Comme on le voit
Ba Ahmed - sous produit du système du gouvernement
alaouite - avait « l’esprit assez court », selon le mot
d’un diplomate. Autrement dit, son intelligence était fort limitée. Mais il
était « tenace et extrêmement vigilant », autrement dit fidèle aveuglément.
On en demande pas plus à un courtisan, surtout pas, car les rois n’ont
pas besoin de citoyens, mais de sujets, des esclaves dociles. Au reste, dans la famille
au Maroc, l’on était
serviteur du Palais de père en fils. Le grand-père de Ba Ahmed avait modestement commencé
comme « Moul El |