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Pourquoi cet
excès de zèle pro-juif ?

par
Leila
 
30 juin 2004

Le 7 juin 2004 le conseil de Paris a décidé à l’unanimité, y compris les membres communistes, d’attribuer à une rue ou à une place de Paris le nom de Theodor Herzl [1], fondateur du racisme sioniste.

Pour « honorer » cette « grande figure du combat pour la liberté » comme l’a souligné le socialiste Jean-Pierre Caffet, les membres du conseil de Paris peuvent choisir l’une des nombreuses citations de Theodor Herzl à inscrire sur la plaque commémorative qui ornera la rue ou la place qui portera son nom : « Nous allons faire disparaître les miséreux [les Palestiniens] au-delà de la frontière », ou encore « les antisémites seront nos amis les plus sûrs... nos alliés » .

En « grand socialiste » raciste, Theodor Herzl méprisait les masses juives de l’Europe centrale, admirait l’aristocratie allemande et prussienne et entretenait des relations avec les antisémites de son temps.

En 1898, il a rencontré le Kaiser Guillaume II à qui il a expliqué que l’établissement d’un foyer juif en Palestine augmenterait l’influence allemande dans la région et détournerait les juifs des partis révolutionnaires.

En 1903, il a rencontré le ministre de l’intérieur du tsar, Plehve, un antisémite notoire, organisateur du pogrom de Kichnev. Herzl lui assura que le départ des juifs de la Russie affaiblirait le mouvement révolutionnaire, pire ennemi de Plehve « ...Aidez-nous à toucher terres plus vite et la révolte sera finie. Il en sera de même de la défection vers les rangs socialistes... »

Le sionisme est une idéologie raciste et expansionniste condamnée par l’Assemblée générale des Nations unies : en 1975 une résolution énonçant que « le sionisme est une forme de racisme et de discrimination raciale » a été adoptée.

Nos élus veulent donc honorer l’instigateur de cette idéologie de haine et de nettoyage ethnique.

Quel est donc le secret de cette « sionismophilie » de certains hommes d’état français ?

Lors des dernières élections législatives partielles dans la 15e circonscription de Paris, tous les candidats ont été auditionnés par un site sioniste

« Quand on attaque Israël, on s’en prend à ce que cet Etat représente : une démocratie, une conception humaniste, les droits de l’homme » affirma Laurent Dominati. Il continua en énumérant ses voyages en Israël en compagnie de François Fillon, de François Léotard et de Pierre Lellouche. Il s’attaqua ensuite à l’autorité palestinienne et dénonça les aides financières européennes pour la Palestine qui, selon lui « une partie va à l’achat d’armes, une autre dans les comptes bancaires de Yasser Arafat ».

Dominati conclut que la ville universelle de Paris doit rendre hommage à Théodor Herzl « qui a transformé une utopie en réalité... Le sionisme n’est pas un racisme, mais une belle idée ».

Quant à l’autre candidat, Bernard Debré, il a dû d’abord rappeler que son arrière grand-père paternel, Simon Debré, était Grand rabbin à Neuilly, que son grand-père Robert Debré a été élevé dans le judaïsme et qu’une partie de ses cousins sont juifs. Puis il s’enorgueillit de ses nombreux voyages en Israël et de sa collaboration dans la formation de médecins israéliens.

Jusqu’à nouvel ordre, il semble qu’un député est élu indépendamment de toute appartenance ou allégeance à une communauté donnée, alors à quoi servent toutes ces références communautaires ?

Assiste-t-on à l’émergence en France du même phénomène qu’aux Etats-Unis où certaines organisations juives telles l’AIPAC (Americain Israel Public Affairs Committee) ou la Conference of Presidents of Major Jewish Organizations font et défont les hommes politiques ?

Ces comités s’intéressent à tous les candidats aux sièges électifs, ils demandent à chaque candidat sa position sur le conflit Israélo-Palestinien et ses relations avec Israël. La plupart des candidats s’exécutent illico presto et le soutien de ces organisations va toujours au plus zélé d’entre ces hommes politiques, indépendamment de leur programme, d’ailleurs celui-ci est presque anecdotique.

« 70 à 80 % des membres du congrès vont se déclarer d’accord avec toutes les idées qui plaisent à l’AIPAC » déclare William Quandt, ancien membre du conseil de sécurité nationale et spécialiste du conflit israélo-palstinien.

Quant aux élus qui résistent à la vision de ces organisations, ils risquent tout simplement leurs postes ; c’est ce qui est arrivé à Earl Hilliard, Cynthia McKinney, Howard Dean et bien d’autres.

Ce groupe surveille étroitement et à la manière des tribunaux de l’inquisition tous les élus, ce qui rend toute critique impossible et leur évocation est automatiquement taxée d’antisémitisme.

Le soutien indéfectible des Etats-Unis à Israël est en grande partie dû à la pression de ces organisations . Sont-elles à ce point puissantes ?

J.J. Goldberg, auteur de Jewish Power [2] parle sans complexe du « pouvoir juif » et du fonctionnement de ses réseaux d’influence politiques au nom de la transparence démocratique. Machael Massing qui enquête régulièrement sur le lobby pro-israélien affirme qu’il est « impossible de comprendre le traitement spécial du gouvernement Sharon par l’administration Bush sans prendre en compte l’influence des groupes comme l’AIPAC » [3].

Les fondamentalistes chrétiens et les néo-conservateurs qui ont réussi à s’accaparer des postes-clés dans l’administration Bush sont soutenus par ces organisations.

Ces groupes de par les largesses financières de leurs promoteurs infestent et détruisent le principe fondateur des Etats-Unis à savoir la démocratie, tel le ver dans la pomme. Pourtant, il est très difficile d’évoquer publiquement les néo-cons sous peine d’accusation d’antisémitisme, c’est ce qui est arrivé à Anthony Zinni et à bien d’autres.

Les néo-cons sont les disciples du philosophe Leo Strauss, ami fidèle et grand admirateur de l’antisémite et théoricien du nazisme Carl Schmitt et d’Allan Bloom. Ils s’inspirent directement des doctrines machiavéliques et brutales du même Carl Schmitt, ce qui a conduit Rodrigo de Zayas à se poser la question « sommes-nous en train d’assister à une dérive nazis aux Etats-Unis ? » [4].

Les juifs doivent « savoir ce qui se fait en leur nom » et les autres à « découvrir ce que fabriquent leurs voisins » écrit J.J. Goldberg. Car si on veut comprendre ce qui se passe en Palestine ou en Irak, il faut tenir compte de ce « lobby » composé d’affairistes juifs et non juifs qui verrouillent tout débat sur la question du conflit israélo-palestinien.

Cependant, ceci ne doit pas mener à l’amalgame entre une communauté et une politique raciste menée souvent en son nom et sans son consentement.

Les Palestiniens et le monde arabo-musulman savent mieux que quiconque que leurs pires adversaires ne sont pas tous juifs et parmi leurs amis les plus fidèles il y a des juifs d’Israël et de la diaspora. Ces juifs (très nombreux pour les énumérer) mènent un combat au nom de la justice pour tous aux côtés de leurs amis arabes et musulmans et ils souffrent d’être assimilés à ces organisations qu’ils ne cessent de dénoncer.

Si certains ont des préjugés ou des complexes vis à vis de la question juive, la question palestinienne ne doit pas être un défouloir pour déverser leur haine antijuive. Un antisémite n’est pas et ne pourra jamais être un ami de la cause palestinienne. Les juifs ont été les compagnons de route des arabes et des musulmans ; ils sont et resterons amis malgré cette épine appelée sionisme.

Si on veut comprendre les conflits qui endeuillent le monde, cette « sionismophilie » doit être évoquer, analyser et comprise en toute transparence et à l’abri de tout soupçon d’antisémitisme ; l’ignorer ou la cacher c’est fausser des faits évidents pour des fins obscures et empêcher que cette région du monde puisse enfin recouvrir la paix...


[1] Le monde, 9 juin 2004
[2] J.J. Goldberg, Jewish power : inside the jewish establishment, Addison-wesley, 1996.
3] Mouvements 33/34, Le sionisme est-il mort ? La découverte, mai-juin 2004.
[4] Etat d’exception permanent : la néorévolution américaine Rodrigo de Zayas L’esprit des péninsules 2004


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