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LOUIS-FERDINAND CELINE

 

 

BAGATELLES POUR UN MASSACRE

 

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Wendel! Wendel! Wendel! Tartuferies! Pouffantes offusqueries! Je connais cent distillateurs, cent fois plus criminels que Wendel!... qui tuent bon an, mal an, cent fois plus de monde que tous les Wendel de la terre... Et leurs affaires en sont beaucoup plus solides, beaucoup moins menacées que celles de Wendel!... Mais, ceux-là tiennent, vous le savez bien, tous vos électeurs toutes les listes en mains, et vous fermez tous vos sales gueules puantes de cabotins torves, parce que vous avez peur, une trouille infernale des distillateurs vos maîtres ?... Regardez un peu leurs "actions" ?... Leurs augmentations de capital!... Les avez-vous même effleurés d'un commencement de rigueur ?... Pas si sots!... Ce sont les chouchous du régime, de tous les régimes et de celui que vous préparez. Ils peuvent toujours, ces prétoriens du poison, attendre, comme les Juifs, sous l'orme, avec leurs "permanences bistrots" en toute sérénité, la fin de vos pitreries, mascarades. bouleversements fariboles,.. ils savent ce que vaut l'aune de toute Révolution... Ils les ont pesées toutes en muids, en barriques, toutes, ils savent que sans eux, toute autorité en France s'effondrera, sans recours, sans appel... Ils savent qu'on ne se passera jamais d'eux... Ce sont eux qui font ramper vos électeurs aux urnes, ce sont eux qui font bouillir le sang de vos soldats. Sans bistrots, vous n'êtes rien, avec les bistrots vous êtes tout. Demain, la révolution faite, la "communiste", plus de bistrots que jamais sur le territoire... "La France libre, titubante, dégueulasse et heureuse!..."

Aussi vains, bornés et frivoles que vous puissiez être... il est des leçons de l'Histoire que l'on retient... Vous avez sûrement retenu que le Tzar a payé durement pour ses derniers "Ukases", ses rescrits contre la Vodka. Ce sont ses propres édits qui l'ont fait basculer le Tzar, dégringoler du trône, et finalement étriper dans la cave de Sibérie... bien mieux que tous les bavardages du juif Oulianov-Lenine. Staline lui, n'est pas si fou... Il laissera toujours malgré tout, quelques roubles à ses moujiks pour qu'ils puissent, n'importe comment se noircir, en dépit de toutes leurs misères, bien profondément la gueule. Celui d'abord, qui n'est pas de tout temps, plus ou moins saoul, "entre deux vins", ne sera jamais ici, ou là-bas, qu'un pâle citoyen, pointilleux con, vilain camarade et douteux soldat. C'est un homme équivoque, tout bouffi de défiance, un anarchiste plein d'eau, qu'il convient de trouer.



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Avec la rançon que vous versez aux Juifs, à vos maîtres, banquiers internationaux, demain grands commissaires du Peuple, vous auriez de quoi vivre à rien faire deux jours sur trois.




Encore un effronté mensonge, un credo pour gueules vinasseuses, une culottée d'infamie, "l'Internationale prolétaire"! Il n'existe en tout au monde qu'une seule vraie internationale, c'est la raciale tyrannie juive, bancaire, politique absolue... Celle-là, est internationale! on peut le dire! sans interruption, sans une défaillance, totale, d'Hollywood, de Wall-Street la youtre, de Washington (Roosevelt n'est que l'instrument cabotin des grands Juifs Morgenthau, Loeb Schiff, Hayes, Barush et consorts) à Moscou, de Vancouver à Milan... Une véritable internationale, bien intégrale, bien intriquée, bien inflexible, bien sinueuse, aurifiée, racleuse, soupçonneuse, criminelle, angoissée, insatiable. toujours en conquête, jamais assouvie, jamais lassée, jamais somnolente... L'"Internationale" des Aryens, des ouvriers, c'est qu'une chanson... exactement! rien qu'une chanson pour esclaves, rien de plus... Il faudrait que le peuple s'arrache un jour violemment, furieusement, la mite des cils pour se rendre compte que son "Internationale" de gueule, sa fameuse tonitruelle, c'est encore qu'un autre bidon, un autre disque bien tordu, bien gondolé, l'énorme fantastique fumisterie de ses meneurs attitrés... Encore une escroquerie de youtres!... pas plus d' "Internationale" pour les "damnés de la Terre" que de beurre au balcon!... L'Internationale ouvrière c'est la prestidigitation, l'imposture socio-gigantesque du très grand ancêtre "Marx Brother" le premier de nom... l'Hirsute, pour arnaquer les cons d'Aryens. Il a joliment

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réussi! Aux Juifs les ors et les beefsteaks, aux cons d'Aryens trique et chansons... chacun son genre... sa destinée.

Une clameur: l'Internationale! Une complainte d'ivrogne, une berceuse pour captifs. Pas plus de fraternité ouvrière à travers ce grand monde que de Juifs en première ligne... C'est même tout le contraire qui existe, c'est l'évidence même, d'un bout à l'autre de la planète... Ces peuples qui se cherchent pour s'étreindre, se rejoindre par-dessus les frontières maudites... empêchés qu'ils sont les malheureux de se presser coeur à coeur par les méchants capitalistes... Quelle effroyable turlutaine! Quelle dévergondée imposture!... Rien de plus absolument contraire à toute réalité!... Dans les Congrès, mais oui! sans doute! dans les palabres et les bavures, bien sûr! à la Grange-aux-Belles, ou ailleurs, certainement qu'on se fraternise! entre "délégués" bien verveux, bien cossus, pas fatigués, pas empotés, qu'on gueule à s'enrouer de pareilles sottises! Cette bonne foutaise! Qu'est-ce qu'on risque ? On trinque! on remet ça! on se [99] promet!... et comment qu'on fustige!... à hure que veux-tu! tous les profiteurs des Régimes, les iniquités, les exploiteurs, les organisants de la "Rareté" ah! ah! cette bonne craque!... les gavés de par-ci... les repus féroces de cela... Mais dans la pratique ? Messieurs, Mesdames ?... Une fois retournés chez eux, les mêmes, exactement les mêmes vendus, comment qu'ils foncent à la police. exiger, supplier qu'on renforce les restrictions, sévérise l'immigration. tourne la vis! Alors plus de phrases, Messieurs, Mesdames, plus de soupirs! plus de salades!... plus de trémolos!... Des réalités! des directives bien égoïstes, bien vaches, bien formelles... Sus aux pouilleux!... Sus aux communistes "de fait"! A ceux qui voudraient tâter, partager entre les peuples les richesses du sol!... organiser la justice, la répartition... Tous ces chiens maigres. errants, renifleurs! au large! nom de Dieu! et puis à la trique! Voici le concret langage des fraternisants délégués des plus opulents "trade unions" une fois qu'ils ont rentrés chez eux...

Les patries existent plus! Mais les beaux "standards" d'existence, ils ont jamais tant existé... Autant de pays, autant de "standards" d'existence et férocement défendus, je vous prie de le croire, par ceux qui se régalent... et fébrilement enviés par ceux qui la sautent... C'est la guerre profonde, permanente... sourde... inavouable... entre tous les prolétariats... et non moins féroce que l'autre... entre les plus bas "standards" et puis "les standards-

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plein-la-tête"... Les standards ont des frontières et barbelées, je vous l'affirme, encore plus que les Patries... Allez donc vous essayer, vous, prolétaire, tourneur, coiffeur, modiste, dactylo, barbouilleur quelconque, de gagner un peu votre croûte aux Etats-Unis!... en Angleterre, en Suède, en Hollande... comme ça, au flan... tout nature!... de vous régaler un petit peu... d'un plus haut "standard d'existence" (de marner donc un peu moins tout en se faisant payer plus), vous allez voir un petit peu, comme vous allez rebondir! et séance tenante! sans discussion... éliminé à grands coups de lattes, comme un effronté purulent galeux! Ah! ça sera pas beau à voir!... Ah! Elle est bien morte, c'est trop triste, la fraternité ouvrière!... si elle a jamais existé!... Au moment qu'on sort des formules, qu'on s'amène gueule enfarinée, naïf croyant, pour déguster les fruits de la promesse, l'excellente chose fraternelle, tant vantée, hurlée, la grande participation dont on parle dans tous les congrès, à tous les échos du monde, alors comment qu'on se fait étendre!... C'est pas la peine d'insister! Cette adorable fraternité, c'est une rhétorique, elle existe pas!... On vous fait voir, dès la frontière, une de ces triques implacables, une de ces matraques "embouties fer", qui vous précipite d'autor dans la niche dont vous sortez! impertinent fou!... pas de pitié! pas de jérémiades!... dans la pratique des esclaves, chacun sa galère... Pas de rêvasseries... Le bord où on est mieux nourri il prend pas du tout les fuyards, les resquilleurs des autres chiourmes... ceux qui viennent nager le long des bonnes coques comment qu'on les rebute! à grands coups de mandrins plein la fiole! qu'ils aillent au fond ces saloperies! se faire gonfler!... Ah! C'est bien organisé la défense des bonnes frontières démocratiques! Pas de pitié! Pas d'erreur! Pas de resquille! Les envieux! les pougnasses, aux chiots! Chaque peuple pour soi!... Et au surin! à la grenade si c'est utile! A la porte de chaque pays c'est écrit, bien noir sur rose... le bel accueil qui vous attend tous les prolétaires du monde! "ICI C'EST COMPLET"... Voilà! c'est pesé!... Allez pas vous imaginer pour vous faire une explication, que ce sont spécialement les "gros", les "deux cents familles", qui refoulent les truands d'ailleurs... Mais non! mais non! comprenez bien... ça leur ferait plutôt plaisir... les "exploiteurs" d'en recevoir des quantités! des "peigne-cul" des autres hémisphères !... Pourquoi pas ? Ils auraient qu'à y gagner... Main-d'oeuvre moins coûteuse... clients plus nombreux... Pour leur gueule tout bénéfice !... Ce sont

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bel et bien pour la circonstance, dans chaque pays, les prolétaires farouchement en quart, syndiqués, organisés, retranchés derrière les patrons qui défendent absolument leurs abords... leur "standard" acquis leur radio, leur frigidaire, leur auto leur habit-à-queue, l'espèce de luxe en somme (à crédit le plus souvent) par tous les moyens de la force et de la mauvaise foi... par "l'Emigration" surtout, par la police intraitable. Il faut en découdre de ces billevesées affectueuses qu'on déconne à plein tube, à longueur de parlotes. N'importe quel "Trade-Union" anglais, américain, danois, etc... est infiniment plus charogne envers les travailleurs "maigres" des autres pays, que tous les patrons possibles ensemble réunis... implacable !... L'Hypocrisie puante de tout cet immense racolage, sentimentalo-maçonnique, de cet infernal babillage à la fraternité des classes constitue bien la farce la plus dégueulasse de ce dernier siècle... Tous les faits de toutes les frontières contractées devant nous, prouvent absolument l'opposé, dans la pratique de la "croque", la seule qui entre en ligne de compte, "ouvrièrement parlant". Jamais les prolétaire "favorisés" n'ont été si fort attaches à leurs relatifs privilèges patriotiques, ceux qui détiennent dans leurs frontières des richesses du sol abondantes, n'ont aucune envie de partager. "La nature ne fait pas de frontières" Salut ! Elle a parfaitement doté certains territoires de toutes les richesses du Monde tandis qu'elle laissait aux autres pour toute fortune appréciable, des silex et du choléra. Les frontières sont venues toutes seules, tout naturellement... Les hommes ils se mettent en quart terrible tant qu'ils peuvent, ils y tiennent plus qu'à l'honneur, à ces bonnes richesses du sol... Ils les défendent à vrai dire, comme la prunelle de leurs yeux... contre toute immixtion, contre tout genre de partage avec les prolétaires des autres pays miteux, avec les enfants de la malchance, qui sont pas nés sur du pétrole... Tout le reste n'est que batifoles, pitreries, marxeries. Jamais on a vu, entendu, la riche "Trade-Union britannique" présenter à ses "Communes" quelque jolie motion d'accueil en faveur des chômeurs spécialistes belges, français, japonais, espagnols, valaques, "frères de classe" dans le malheur. Jamais !... Ni les syndicats U. S. A demander qu'on débride un peu les "quotas" féroces... Pas du tout ! des clous ! au contraire !... Pour les prolétariats cossus, les autres n'ont qu'à se démerder ou tous crever dans leur fange... ni plus ni moins... C'est mérité... C'est des ennemis... ennemis de la même

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"classe" sur la terrible question du boeuf... Catégorique ! Chacun pour soi !... Galériens sans doute ! Tous ! Mais ne pas confondre galères et galères !... Celles qui râlent au banc d'avirons, celles qui bondissent au mazout, les "à voiles" et les "à vapeur"... Y a de la différence partout ! Des nuances capitales... Pas de transfuges... Pas de stratagèmes ! Ceux qui doivent rester resteront !... C'est pas une armée du Salut !... du très solide manche, plein la gueule pour celui qui comprendra pas !... Seuls les Juifs, peuvent à toute heure, tout moment, pénétrer, filtrer, s'installer dans tous les Etats du monde, ils jouissent en tout et partout, des mêmes privilèges exactement que les citoyens romains d'autrefois à travers tout leur Empire... Les Juifs sont chez eux, partout... dès lors c'est justice !... Les Juifs, "Civis devorans", n'arrêtent pas de foncer, te remonter à la curée, toujours, encore, sur quelques nouvelles étendues.. . Ils s'amènent alors par bande! tous camouflés, bien sinueux, bien souples, bien avides... banquiers, Virtuoses, pèlerins, cousins, cinéastes, ministres, Puissances d'équivoque... Ils sont tout de suite adoptés, adaptés, choyés, dopés, rencardés à fond... chéris... Ce sont les seigneurs du monde... Rien n'est plus normal !... Ils se régalent dès l'arri- [101] vée. Mais nous, les simples boulots, les frustes taquins, que nos seules mains recommandent et nos petites astuces... qu'est-ce qu'on va foutre, nous dans l'aventure ?... si loin de nos clochers ?... L'Aryen peut pas peser très lourd aux barrières de l'immigration... On va lui faire perdre d'un coup toutes ses illusions, ses "humanités" prolétaires. Il va se faire, dès la première douane sursauter, expulser, propulser, dissoudre. Il aura pas jeté un regard, un premier coup d'oeil sur la terre promise, le rivage heureux, qu'il sera déjà déconfit, navré, mis en boîte, relancé dans les fonds de cargo... Ça lui apprendra ce cave, à répéter les ritournelles, des choses qu'il peu pas comprendre... Jamais les frontières, les, ports n'ont été pour les Aryens si farouchement interdits, hérisses de règlements absolument exclusifs, de prescriptions draconiennes, de lazarets et de bourriques... L'amende, les interrogatoires, la fouille, les quarantaines dégueulasse, c'est tout pour lui... tout le brelan des humiliations policières, crasseuses et prophylactiques. tous les armements de la bonne guerre contre le fumier qui s'apporte, il faut le rembarrer d'emblée ! lui enlever et pour toujours l'idée de revenir... de repiquer au petit truc le guérir de l aventure... qu'il se tisse ! qu'il aille pourrir ailleurs ! C'est la loi des pays forts. Des "quotas"

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impitoyables protégeant très bien tous les Etats, où la vie est un peu moins dure, contre la ruée des mendigots... le "prolétariat possesseur"... contre l'invasion des affamés qui viennent geindre à ses frontières, roder autour du pot-au-feu...

Il n'est qu'en France qu'on reçoive tout... C'est-à-dire tout ce qu'entrainent derrière eux, nos conquérants juifs... tous bicots, toute l'Afrique, le proche Orient, tous leurs janissaires, leurs tueurs, leurs hommes de main, tous ! électeurs de plus en plus...

Evidemment, comprenons bien que le bas youtre, le fias, l'"unichemise" qui sort tout juste de son souk... du fond de son ghetto roumain, il trouve une sérieuse différence, un drôle de changement quand il voit la place Pigalle... Tous ces magasins, ces torrents d'ampoules, ces pyramides de bricoles, Ça lui en jette plein les mires... toutes ces petites vendeuses bien suçantes ça lui plaît énormément... Il se trouve à l'instant, ravi, transposés sinoqué, lui qui depuis 14 siècles, arrête pas de ruser, de tressaillir d'un choléra dans l'autre, d'un typhus dans trente-six massacres, de chier du sang de déroute, de toutes les steppes et les pogroms, il trouve ce pays tout ouvert, joliment, follement délicieux... Faut pas s'etonner qu'il délire... qu'il se prenne rapidement pour un pape... Mais nous faudrait pas qu'on déraille, qu'on déclare que c'est arrivée... La réalité c'est tout autre !...

La France n'est pas un pays riche, loin de là !... C'est un pays pauvre même, un pays de petite ressource, de petite économie, un pays naturellement avare et mesquin dans ses entournures. Un sol qui ne peut donner ni pétrole, ni cuivre, ni coton, qui ne permet en tout, pour tout, qu'une très médiocre agriculture, n'est pas un sol riche ! C'est un pays au sol miteux, pour miteux... C'est un pays ou l'on doit ramer, trimer, pour simplement vivre. Surtout avec l'énorme dîme que nous payons à nos parasites juifs, nationaux et internationaux (les 3/4 de nos revenus, à peu près) . Si les natifs extravaguent, ils tardent pas à la sauter. C'est la loi des sols miteux, "regardants". C'est ainsi que les choses se présentent ni plus ni moins . Il nous faut nous procurer l'essentiel de notre existence, nos matières premières au dehors (sauf le vin hélas !) Ces conditions économiques nous rendent parfaitement tributaires au départ des étrangers... Pas plus de terre "bénie des dieux" que de sucre au balcon... Les régions bénies des dieux sont l'Amérique, l'Angleterre (et colonies), les Scandinaves (à cause de leur situation), la Hollande et quelques autres, dont les

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prolétariats ipso facto n'ont aucune espèce d'envie de partager leurs ressources natales avec les miteux d'ici... Mieux que cela, ils nous exploitent ! et sans pitié, et comment ! derrière leurs Juifs... comme un seul homme !... Ce sont des esclaves privilégiés, des captifs de la bonne galère... Il ne faut jamais confondre...

Tout bon prolétaire anglais se trouve joliment heureux, "in petto", solidaire à fond des Lords sur ce point, que 300 millions d'Hindous en loques et d'autres exploités frimards, lui font bien plaisir, demi-animaux, demi-humains, épars au fond de l'univers, fellahcieux, Incas à plumes, coolies, benibouffes, anthropogans, cafres rouges, orthocudes, Karcolombèmes, tout à fait d'avis que tous ces misérables la sautent, là-bas, la fument, la tortillent, la faminent, se cassent le cul tous pour lui... Farfouillent les mines, taillent les rizières, râtissent les pampas, pour lui envoyer son confort... Sur ça, il est impitoyable !... Egoïste, "Briton d'abord" ! Il se trouve pas du tout "frère de peine...". Il a pas envie de partager ni avec moi, ni avec lui... ni avec vous... Avec les "britons" seulement et ses maîtres juifs. Il trouve que la conquête des faibles représente bien des avantages... C'est l'hypocrisie puritaine, vous la connaissez pas encore, elle est reprise par les Syndicats et puis alors en "surbrasé"... Si vous voulez vous amuser, allez donc tenter l'expérience, vous présenter un petit peu, aux "Alien offices" (du latin alienus: fou) en n'importe quel port de la côte... Douvres, Folkestone ou ailleurs... Allez donc vous renseigner si vous pouvez pas débarquer... vous chercher à Londres un petit boulot... quelque chose un peu dans vos cordes... Si vous avez jamais valsé de votre pénible existence, vous allez apprendre en moins de deux... Vous serez soufflé, volatilisé dans les atmosphères tellement vous provoquerez, violente, leur indignation... Kif ! pour l'Amérique, la Suède, la Hollande, les ports argentins, Cuba, Canada... Honduras... etc... Partout où on peut se démerder, dans tous les coins ou c'est mangeable... on vous attend pas...

Si vous voulez du pétrole, du coton, du cuivre, prolétaire d'ici, mon ami, il faut d'abord, éclairer, engraisser, un petit peu et sérieusement les copains, les prolos d'en face... de l'autre côté de la frontière, les boniments humanitaires, à ce moment-là, ne suffisent plus !... Il faut d'abord payer la dîme à ton frère de classe, mieux partagé que ta pomme par la naissance, le sol, la chance... Il est né là-bas, sur un puits de pétrole, ça compte... Et comment ! Et tant mieux pour lui ! II ne te fera jamais cadeau d'une bribe du

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gâteau qu'il croque... Il attend ta dîme... joyeusement ! Tu peux crever le long de son bord, il est tout à fait insensible sur la question du partage, comme un Juif, comme un patron... Il devient chauvin inflexible à partir de ce moment-là... "Confort" n'a pas d'oreilles à travers le monde... Tes salades tu peux les garder !... Le partage absolu de tous les biens de la terre, c'est un orchestre pour les Congrès. un orphéon populaire !... Ça va pas plus loin que la musique, comme le bel hymne à Degeyter... C'est tout... Dans la pratique, les frères de classe, une fois qu'ils ont franchi leur douane, qu'ils sont rentrés des parlotes, qu'ils ont séché la salive, deviennent parfaitement patriotes, pour t'empêcher d'être emmerdant, ils se trouveront parfaitement solidaires de leur police, de leurs patrons, pour que tu restes crever dehors. Même qu' ils ont de la came en rab, à ne plus savoir où la fourguer, ils préfèrent qu'on la bouzille plutôt que de t'en faire cad_eau... ça leur ferait mal... Textuel... Ça ferait baisser tous leurs prix, leur train de vie, leur dîme sur ta pomme, et leur salle de bains. Dés lors, plus d'amis, plus de phrases ! plus de fraternité galérienne ! Chien va coucher !... Ils veulent pas de ça, nom de Dieu ! Tout mais pas ça !... Effroyablement patriotes dès qu'on veut reprendre leur salle de bain... Bas les pattes ...Arrière ! Hors d'ici ! sales calamités ! crassouillants, morpionneux, faisandés !... Voilà comment qu'ils vous reçoivent ! Vous êtes renseignés... Immensément partageux ! humanitaires certes à perte de vue, redresseurs de torts infinis, tant que ça coûte pas un petit croc, pas un plus petit ressort de confort, de sommier, de la super-radio... ou alors... Rien ! ils se foutent en transe, en tétanos... Y a pas de quoi se frapper, vociférer au scandale, c'est humain, c'est bien naturel ! Seulement il faut bien se prévenir qu'on est pays "tributaire" et c'est le cas du nôtre, exactement, pour les denrées essentielles, pour les matières indispensables à la vie de tous les jours, que si l'on se met à fonctionner, au petit bonheur, à crédit, à la providence des oiseaux, alors c'est la fin des amours ! On peut s'attendre à un réveil, qui n'est pas dans une musette quand on se laisse prendre par l'absurde, qu'on outrepasse les moyens qu'on se met à flamber les réserves... qu'on pète plus haut qu'on a l'oignon... La fatalité vous attend... et elle est pas du tout marrante... Ça peut devenir bien étrange... Encore pire qu'on a jamais vu... se retrouver un beau matin avec ses boulets si lourds, tellement pesants après les pompes qu'on est esclave de tous les autres, décidément une fois pour

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toutes... de tous les Anglais de la terre, des Brésiliens, des cow-boys, de tous... et encore en plus des Juifs... Ça devient le bagne infernal, ça vous fait un poids énorme... on dégringole automatiquement au rang des botocudos, circonfits, yatagans, zouzous, cafres, tous les flagellés, des "Colonial Governments". Toute la pouillerie des sousesclaves qui laissent leurs os un peu partout, dans les déserts, les plaines, les glaces, pour que les gentlemen là-haut, bourgeois aussi bien qu'ouvriers pâtissent pas trop des temps si durs, que leur saison du cricket débute quand même à son heure, que la crise fasse pas trop souffrir les magnifiques chiens anglais, que tous les petits chats boivent leur lait, que la saison du football amène pas aux gentlemen trop de grippes et de catarrhes, que la pluie trouve à qui causer... des étoffes de premier ordre, des whisky à deux cents francs le litre, des dignités impériales.


Ce texte comporte les pages 151-160 du pamphlet de Louis-Ferdinand Céline, intitulé Bagatelles pour un massacre. Le "massacre", dans la pensée de l'auteur, est évidemment celui qu'il prévoit, en 1937, comme ce qui arriverait s'il éclatait une deuxième guerre mondiale.

Contrairement à la rumeur, les pamphlets ne sont pas interdit par des lois, des règlements ou des tribunaux. Ils n'ont pas été réédités par des maisons d'édition ayant pignon sur rue parce que l'auteur, revenu en France, voulait pouvoir vendre les livres qu'il écrivait alors pour gagner sa pitance. Cette mesure d'opportunité n'a plus lieu d'être après la disparition de l'auteur, en 1961. Personne n'a la droit de soustraire à la légitime curiosité des générations suivantes ce qui a été le noyau incandescent de la littérature française vers le milieu du vingtième siècle.

Le texte ici reproduit est celui d'une édition probablement pirate. Les détenteurs d'une éditions réellement authentique voudront bien nous signaler les éventuelles différences.

D'autres groupes de 10 pages suivront.

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