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101 A -- L'Indochine dans l'attente; une société ravagée par trente années de guerre, Le Monde Diplomatique, décembre 1972, p. 1 et 11.

 

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L'INDOCHINE DANS L'ATTENTE


Une société ravagée

par trente années de guerre

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Par SERGE THION




LES historiens appelleront peut-être le conflit qui semble devoir se terminer en Indochine la nouvelle guerre de Trente Ans. La première, celle du dix-septième siècle, avait épuisé l'Allemagne pour longtemps. Nul ne sait encore quelle Indochine renaîtra de ces cendres encore fumantes. Maintes solutions hâtives ont déjà été envisagées. Dès 1968, les autorités américaines créent un Postwar Planning Group, qui remet, en mars 1969, un rapport aux présidents américain et sud-viêtnamien sur l'après-guerre et les perspectives de développement.

La même année, des diplomates japonais présentent discrètement aux autorités de Saigon comme à celles du FNL un plan de développement qui prévoit, après la fin du conflit, un rôle important pour les capitaux nippons. De ces initiatives, et de quelques autres on ne retiendra qu'un fait certain: d'importants capitaux étrangers seront mis à la disposition des futures autorités indochinoises. Mais les problèmes indochinois ne s'inscrivent pas tous dans une addition comptable.

C'est surtout au cours des sept dernières années que la guerre a pris l'allure destructrice des cataclysmes naturels. Le milieu naturel, sauvage ou cultivé, a subi de violents bouleversements. Rasés par les bulldozers géants, les bombes ou le napalm, beaucoup de forêts ne repousseront plus: un taillis désolé et stérile en prendra la place. Les rizières, elles, seront récupérables; il suffira, comme pour faire d'une vieille passoire une bonne casserole, d'en reboucher soigneusement les trous. Les canaux, quand on aura rectifié leur cours, parfois déplacé par les grosses bombes, pourront être récurés et rendus à leur tâche. Les routes, les ponts, les voies ferrées cesseront sons doute d'être le cauchemar boueux qui ralentit les voyageurs.

La médecine s'enrichira de connaissances nouvelles: on apprendra quels sont les effets réels, à long terme, de divers produits chimiques: défoliants, gaz de combat et autres incapacitants fabriqués pour l'occasion. Des générations de chirurgiens pourront se faire la main sur des dizaines de milliers de corps déchirés, brûlés, amputés, lacérés de billes de plastique, sans parler des épidémies mal jugulées, comme celle de la peste. En un mot, la guerre a créé un problème de santé publique qui échappe à peu près complètement au contrôle des autorités actuelles.

Un immense effort collectif sera nécessaire pour simplement restaurer le milieu naturel et l'intégrité physique de la population, tels qu'ils étaient avant que les plus massifs des moyens de destruction ne soient concentrés sur la péninsule. Il ne suffira pas de trouver des fonds, il faudra que des hommes se mettent au travail.

Or l'un des effets de la guerre a été, au Viêt-Nam du Sud, le bouleversement des conditions sociales du travail. L'insécurité militaire, I'inflation monétaire, l'irrationalité économique se sont conjuguées pour ôter au travail ses fondements traditionnels. Cette affirmation demanderait à être nuancée si l'on parle des campagnes. Les paysans travaillent pour assurer leur propre subsistance et ne dédaignent pas, à l'occasion, le profit que peut leur procurer leurs surplus. Mais il faut pour cela n'être pas trop distant d'un gros marché ou d'une grande route, payer aux uns et aux autres les taxes qu'ils demandent et ne pas trop perdre dans les transactions avec l'acheteur chinois. Les conditions locales sont très variables, mais il reste certain qu'une quantité relativement faible de riz atteint les villes. D'autre part, nombreux sont les paysans qui ont dû fuir leur village et trouver un refuge précaire en ville ou dans les camps. Là, pas de travail. La charité officielle ou privée permet souvent de survivre mais rarement de trouver un emploi. Ce sera alors une fille de la famille qui s'emploiera dans un bar, ou un fils qui sera recruté dans l'armée et qui tâchera de pourvoir aux besoins les plus pressants.

Prendre l'argent dans la poche de ceux qui en ont, c'est-à-dire les Américains, a longtemps représenté, pour de très nombreux Viêtnamiens, la seule façon de s'en procurer. Les petits métiers installés autour des grandes bases, honnêtes ou sordides, constituaient la source de revenus d'un grand nombre de familles, presque toujours réfugiées de la campagne. Le départ des troupes américaines a beaucoup accru la détresse de ces déracinés.

Il en va de même pour les autres secteurs de la production. Les plantations d'hévéas marchent au ralenti, avec un nombre restreint d'ouvriers. Les plantations de thé et de café, sur les Hauts-Plateaux, continuent à produire un peu et n'ont pas investi depuis longtemps. Les entreprises industrielles ont été pour une bonne part détruites, en particulier par les bombardements américains sur les faubourgs de Saigon en 1968.

Ce n'est d'ailleurs pas sur place que s'investissent les grosses fortunes qui s'amassent très vite. Les grandes entreprises privée américaines qui avaient passé d'énormes contrats de travaux publics avec l'armée américaine pour construire des bases, des aéroports, des routes, etc. , ont commencé à débaucher en 1969-1970. Les fonctionnaires évitent soigneusement toute activité autre que la collecte et la redistribution des prébendes qu'ils exigent des administrés. Il n'y a guère que le commerce de florissant, en particulier, le commerce des biens de luxe et des produits dérobés à l'aide américaine.

Il y a ainsi beaucoup d'argent qui circule dons le pays mais il rémunère peu d'emplois. Soldes et salaires restent symboliques en proportion des prix qui galopent. Si l'on ajoute à ce tableau les quelques centaines de milliers de jeunes gens qui sont mobilisés dans les diverses formations militaires du pays, on peut conclure en disant qu'au Sud-Viêtnam le travail a provisoirement cessé d'avoir une raison d'être. Il reste néanmoins une force potentielle considérable, quand on sait l'énergie et l'habileté des Viêtnamiens. Son utilisation dépendra des circonstances.


Les chances du Front


 

CES dernières, à leur tour, sont à mettre en rapport avec l'état actuel de la société. Trente ans de guerre en ont ébranlé les cadres principaux. Le village, dans l'intimité close duquel le Viêt-Nam s'est fait lui-même au cours des siècles, avait déjà subi les atteintes de la colonisation. L'abolition du mandarinat, la monétarisation de l'économie, la constitution des grandes propriétés foncières, les diverses pressions de l'administration avaient affaibli l'institution communale et modifié la stratégie des différents groupes sociaux qu'elle organisait.

La modernisation marginale du pays et les intérêts particuliers de la colonie avaient créé, dès les années 30, une profonde crise agraire dont le Viêt-Minh allait faire le levier de sa lutte pour l'indépendance. Il lui fallait alors détruire la commune traditionnelle et éliminer les conseils de notables qui en étaient les représentants. Les Français, puis le régime diémiste concoururent à cette tâche, en décidant, les uns de faire élire les responsables communaux, l'autre de les désigner.

Le village, socialement explosé, restait à reconstruire puisque l'immense majorité de la population devait conserver son caractère rural. Les communistes nord-viêtnamiens suscitèrent alors un réseau de communes destiné à gérer des coopératives de production, sous le contrôle étroit du parti et de l'Etat. Malgré les tâtonnements et même les crises, comme en 1956, cette nouvelle structure semble avoir fonctionné avec une certaines souplesse au moment où les bombardements américains ont nécessité une rapide décentralisation. Le contraste entre le Nord, solidement campé sur son réseau villageois et son économie rustique, et le Sud, avec ses villages écartelés, ses faubourgs monstrueux, ses circuits économiques disloqués, s'est violemment accru depuis dix-huit ans. La réduction de ce contraste sera un long et nécessaire préalable à la réunification.

La famille, cet autre grand cadre social de la vie viêtnamienne, a subi aussi des chocs, dont les effets à long terme sont difficiles à prévoir. Il ne s'agit pas seulement des drames dont la guerre est coutumière: séparations, orphelins, veuves et autres malheurs qui touchent les familles. Le problème est plutôt de savoir si la famille peut encore accomplir sa fonction, c'est-à-dire fournir à l'individu viêtnamien une réelle sécurité morale, un ensemble de croyances et de rites qui rythment son existence, une solidarité puissante avec des parents même éloignés, une façon pour les petits d'acquérir culture et connaissances par les soins que leur prodiguent les anciens, et la sauvegarde de la vieillesse par le respect de chacun. Certes, pendant ces longues années de guerre, les Viêtnamiens ont beaucoup eu tendance à se replier sur eux-mêmes, donc sur la famille. Les consolations religieuses, culte des ancêtres, bouddhisme, caodaisme ont vu aussi, en maintes occasions, les fidèles redoubler de pratique.

En même temps, l'arrachement du sol où sont enterrés les ancêtres, la destruction des maisons et des temples, l'immoralité qu'engendre l'égoisme de la survie et qui pervertit les valeurs traditionnelles, le vol, la corruption et la prostitution érigés en institutions, ont contribué à menacer la famille d'asphyxie morale. Si une génération entière échappe à l'éducation viêtnamienne, même dans sa version moderne, comment pourra-t-elle, à son tour, éduquer la génération suivante? C'est, du moins, ce que se demandent de nombreux Viêtnamiens, au spectacle des jeunes voyous armés qui vivent en rançonnant les passants ou les voisins, de la frénésie des autres, hantés par la guerre, cherchant dans tous les abrutissements le moyen de l'oublier. Car enfin, cette guerre était peu viêtnamienne. Cela finira sans doute par se savoir.

Pourtant, une autre génération de jeunes s'est formée, elle, dans les maquis. Elle aura vécu des années de privations, de dévouement, de rigueur morale. Elle aura le sentiment d'avoir justement combattu pour une juste cause. Dans ses retraites naturelles, elle aura peu soupçonné le traumatisme des villes. Elle ne comprendra peut-être pas le désarroi du grand nombre de ceux qui n'étaient pas à ses côtés. Son austérité ne la portera peut-être pas à la tolérance On voit d'ailleurs bien que le Front n'est pas très pressé de prendre en main les leviers de commande. Les premiers hommes au pouvoir après la paix seront vite usés par leur impuissance à mettre rapidement de l'ordre dans le chaos des esprits.

Ce sont des problèmes plus particuliers qui assaillent les populations montagnardes des Hauts-Plateaux. Ces tribus, qui ne sont pas de culture viêtnamienne, ont souffert plus encore que les autres de la guerre. Canonnés, bombardés, les montagnards ont été transportés dix fois, vingt fois par hélicoptères dans de nouveaux campements. Leur fragile équilibre économique a été piétiné par les conseillers américains qui voulaient les enrôler dans leurs forces irrégulières Les officiers viêtnamiens les ont en général traités comme quantités négligeables. Leur survie culturelle et. physique a cessé d'être assurée. On pense, à leur sujet, à ce qu'il advint des Peaux Rouges.

Le même problème se pose d'ailleurs dans les mêmes termes au Laos. Le général Vang Pao recrute, pour son armée secrète, des enfants méos de douze ans. Les plus âgés sont morts. Les avions de la CIA ont transporté plusieurs dizaines de milliers de montagnards dans les basses plaines du Mékong, où ils végètent sans travail, sans argent, sans moyen de se prémunir contre les maladies qu'ignorent leur habitat en altitude. De nombreux groupes humains ne s'en relèveront probablement pas, sans parler, là encore, des bombardements qui, sur certaines régions ont été les plus intensifs que l'histoire ait connus depuis l'invention de la poudre.

Au Cambodge, la guerre est plus récente et aussi, d'une certaine façon, plus limitée. Les bombardements y sont moins massifs que dans les deux autres pays. La faiblesse des troupes de Phnom Penh est telle que la guerre se fait sentir surtout à proximité des agglomérations et des grands axes routiers. Au-delà de ces lignes de "front", des petits bombardiers à hélice attaquent des villages ou hasard. Les villageois ont dispersé leurs habitations pour limiter les risques.

Mais la société rurale réagit avec une grande unanimité. Resserrée autour de ses monastères, conduite par un petit nombre de cadres du Front (FUNK), appelée par eux à respecter les valeurs traditionnelles, la population khmère semble trouver dans l'autarcie où la guerre la plonge une vigueur nouvelle. Certes, la décadence rapide du régime du maréchal Lon Nol crée de graves perturbations dans la jeunesse urbaine. Les lycéens et les étudiants recrutés en 1970 dans la police militaire se sont rapidement mués en gangsters. Mais c'est là un symptôme passager.

Le Cambodge n'a pas été ébranlé, en 1970, par une crise sociale mais par une crise politique et institutionnelle. C'est aussi parce que les causes internes de la guerre ne sont pas identiques dans les trois pays que les problèmes indochinois peuvent sembler hétérogènes les uns aux autres .


Le bruit des canons a longtemps fait taire les Indochinois. Le reflux du conflit militaire fait émerger ce qui en était l'origine: le problème de la coexistence, dans un système politique unique, de forces sociales et politiques antagonistes. D'un côté, un mouvement communiste qui a su, à diverses époques, rallier une très grande partie de la paysannerie en lui ouvrant la perspective d'un allégement de son fardeau: diminution des fermages, des taux d'intérêt, redistribution des terres de la grande propriété, etc.

Jouant résolument la carte de la politique frontiste, le mouvement communiste a cessé, depuis 1936, de réclamer une réforme agraire radicale. Mais, face à ses adversaires, les latifundistes, les notables et les riches ruraux, liés à la bourgeoisie d'argent, les communistes, dont beaucoup de cadres sont d'anciens paysans, ont su garder une vaste audience parmi la population des villages.

C'est parce qu'il a voulu extirper cette influence que Ngô Dinh Diêm, mandarin catholique, réactionnaire nostalgique, vigoureusement appuyé par les services spéciaux américains, a suscité une véritable terreur blanche dans les campagnes.1

Le régime saigonnais, héritier de l'administration coloniale, s'appuyait alors presque exclusivement sur les catholiques réfugiés du Nord. Cet étrange paradoxe a survécu, en grande partie, aux différentes crises qui ont suivi le renversement de Diêm en 1963. Le régime du président Thieu a poursuivi la croisade anticommuniste en frappant violemment toute velléité d'opposition non communiste. Les hauts responsables du temps de Diêm sont revenus dans les coulisses et assurent à la droite viêtnamienne un minimum de cohésion.

Le pari qu'elle tenait en 1954: gouverner en éliminant les communistes et en écartant les porte-parole sudistes, est donc perdu. L'arrêt de la guerre, dans ces conditions, et pour un peuple influencé par la tradition confucéenne comme l'est le peuple viêtnamien, signifie que les hommes au pouvoir ont perdu leur droit à prétendre à la légitimité. Il est normal qu'en période de crise les compétiteurs s'affrontent. Le peuple observe et en tire ses propres auspices. La droite a eu sa chance, qu'elle n'a ni su ni pu confirmer. Il faut alors que la main passe.

Le destin de la nation requiert une sorte d'unanimité qui ne peut aujourd'hui se faire qu'autour de ceux à qui la chance se présente maintenant, les hommes des maquis. En août 1945, un tel ralliement s'est déjà produit à Hanoi, autour d'une équipe dont le dirigeant n'était guère connu à l'époque, Hô Chi Minh. Les gens du Sud n'attendent, depuis longtemps, que l'occasion de s'exprimer. Quand la peur de Poulo-Condor ne jouera plus, de multiples groupes vont s'organiser et parler haut.

Produit relativement récent de l'histoire sociale viêtnamienne, le Sud est moins monolithique, moins intégré que le Nord. Des sectes, des associations professionnelles ou régionalistes créent des minorités parfois militantes. Mais il n'existe pas de classe sociale qui puisse récupérer ce bouillonnement à son profit exclusif. La bourgeoisie saigonnaise est mal membrée, sa fonction économique trop parasitaire. Déjà divisée, elle a perdu une fraction de son élite politique à la suite de l'offensive du Têt Mau Than en 1968, avec la formation de l'Alliance démocratique, présidée par ce qu'il conviendrait ordinairement de nommer un avocat conservateur, Me Trinh Dinh Thao. Certains ont vu, à l'époque, dans ce ralliement à la politique du Front un signe prémonitoire.


L'échec de la droite


FREINER le processus de paix, multiplier les étapes intermédiaires, tels doivent être les objectifs de la présidence à Saigon. Il importe ainsi d'éviter que les effets directs de la paix s'accumulent et, faisant boule de neige, ne viennent renverser le fragile échafaudage des négociations. Cela est encore plus vrai à la campagne où le contrôle revendiqué pour Saigon par les computers de l'ambassade américaine (Hamlet Evaluation System) repose à la fois sur le terrorisme policier-- c'est l'opération Phoenix-- et sur les accommodements locaux.

La pacification, rebaptisée viêtnamisation, n'a certes pas manqué de poser des problèmes au Front. Mais ils se situaient dans le contexte d'un rapport de force militaire. Celui-ci mis de côté, il reste que le Front dispose d'un puissant appareil politique face à quelques poignées d'administrateurs vénaux et de policiers compromis. Les tardives mesures de réforme agraire, prises en 1970, sur l'insistance des conseillers américains, n'ont fait, le plus souvent, qu'entériner des redistributions dont le crédit est à porter au Front.

Ceux des paysans qui pourraient chercher une alternative au Front se tourneront plus probablement vers des politiciens locaux, jusque-là écartés de force, comme l'ancien député Ngô Cong Duc, qui sauront, eux aussi, trouver des accommodements avec l'appareil régional du Front. L'opposition au régime Thieu est vaste, le Front n'en regroupe qu'une partie et il pourra composer avec les autres. L'essentiel, l'échec de la droite à régner seule avec l'appui étranger, est d'ores et déjà assuré.

Au Cambodge, cette construction de l'unanimité s'est déjà pratiquement faite en 1970; le ralliement massif de la paysannerie a été immédiat, celui du clergé a été progressif mais non moins général. La bourgeoisie phnompenhoise reste dans l'attente d'un dénouement qu'elle sait fatal. Il restera à disposer du sort de quelques chefs de guerre et de leur entourage d'affairistes.

Au Laos, le problème est plus délicat puisque le pays ne dispose guère de structure d'intégration sociale qui relierait les groupes les uns aux autres. Les petites féodalités militaires de la droite ne survivraient guère à un arrangement qui les dépouillerait de leurs subsides étrangers ou des revenus de l'opium. A part le Pathet-Lao, il n'existe dans ce pays aucune formation à proprement parler politique. La paix serait, pour le royaume des Mille Eléphants, un cadeau tout à fait inespéré, dont le responsable tirerait un vaste prestige.

Ecartons, pour le moment, les immenses problèmes économiques de la reconstruction. L'essentiel est, au Viêt-Nam, de reconstruire une organisation sociale qui est en crise, de permettre le retour de millions de paysans sur leurs terres, et de refaire des villes qui puissent vivre. Il est urgent aussi de mettre sur pied un système politique où coexisteront, chacune avec leur poids spécifique, les grandes forces politiques. Au Cambodge, le problème semble surtout institutionnel, et il ne semble pas qu'il doive être, en particulier, très difficile à résoudre. Au Laos, tout, ou presque, reste à faire, l'unité même du pays et d'une société qui intègre tous ses habitants. C'est pourquoi les solutions politiques garderont longtemps, dans ce pays, un caractère provisoire.

Ce que l'on ignore encore, c'est la réaction de l'Indochine vis-à-vis du monde extérieur. Un subtil observateur nous faisait remarquer, l'an passé, que la faiblesse interne de la société viêtnamienne avait provoqué, ou dix-neuvième siècle, sa fermeture devant l'étranger, réaction renouvelée après 1954 par le Viêt-Nam du Nord. L'Indochine à venir sera, il est vrai, ouverte ou fermée, selon qu'elle éprouvera ou non le sentiment de sa propre solidité.

 


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