1. Depuis 1948, en raison des obstacles mis à l'inscription sur les listes électorales, le nombre d'électeurs métis est tombé de 46000 inscrits (sur 120000 électeurs potentiels) à 19000 en 1958, et il a continué à décroître ensuite. En 1966 le gouvernement a introduit un projet de loi qui interdirait aux candidats (européens) aux sièges de Représentants des Métis toute appartenance politique (le nom en est littéralement: "Loi sur les interférences impropres"). Jusque-là, ces quatre sièges étaient tenus par l'Opposition.
2 Nous suivrons, par commodité,
l'usage anglais qui accorde un O au parti qui forme l'opposition parlementaire;
ce qui ne préjuge en rien des partis qui ne sont pas représentés
aux Chambres.
3. Son implantation date
de la fin du XIXe siècle; les immigrants juifs venaient alors surtout
de l'empire tsariste, principalement de Lithuanie. (Cf Hotz et Saron.)
4. "Le parti tire sa
force de deux grandes sources: les dorps ou villages, qui sont disséminés
sur le platteland et qui forment les centres des régions agricoles;
et les travailleurs urbains dans les mines, I'industrie et le commerce.
Dans les dorps, le nationalisme afrikaner est répandu par les personnes
les plus influentes de la communauté: le predikant, ou pasteur
de l'Eglise réformée hollandaise, L'instituteur er les comités
d'écoles et d'églises [...]. On utilise toutes sortes de pressions
pour maintenir le conformisme, et souvent sans ménagement. Dans les
villes, ce sont d'autres formes de pression qui opérent [...]. L'ouvrier
afrikaner a constarnrnent consuence d'une pression possible de la concurrence
non européeane" (Carter, p.237)
5.Cet autre slogan est assez
significatif également: Voter Jan Smuts, c'est voter Jo Staline
6. C'est aussi celle de
T. E. Donges, élu président de la République en remplacement
de Charles Swart (ancien leader de l'Etat libre d'Orange).
7. Nous rendons par ce mot
le vocable afrikanerdom, constamment utilisé dans la presse
sud-africaine, qui désigne à la fois l'ensemble des Afrikaners
conscients de l'être, les valeurs traditionnelles contenues par la
société et la langue afrikaners, et le mouvement historico-politique
qui vise à lui rendre indépendance et souveraineté.
L'afrikanité est donc à la fois une valeur spécifique
et le peuple qui l'incarne et la représente.
8. Le Rand Daily Mail
du 4 avril 1964 indique que, sur 2400 personnes présentes au "congrès
du peuple pour le combat contre le communisme" la moitié des
auditeurs avait des fonctions à l'intérieur des Eglises réformées
hollandaises. Le journal du congrès, Antikom, publiait peu
après des attaques contre le "judéo-communisme",
signées par des personnalités des E.R.H. (Survey, 1964:
p.22-23).
9. En raison de sa nature,
les informations sur certe organisation sont très partielles: voir
cependant Carter, p.251-256; Bunting, ch. 3; Legum p.22-28, Press Digest,
n· 4, 5, 22, 23 (1964), 10 (1965), Reynecke Vatcher, ch. 6 et p.243-284.
10. Citons en bref l'apparition
d'un plan quinquennal de développement (1966-1971), une réforme
de l'enseignement (européen) transférant les principaux pouvoirs
de décision de la province à l'administration centrale (National
Education Act, 1967) ainsi que des propositions officieuses pour faire
de l'afrikaans la langue nationale du pays: "L'afrikaans est une langue
moderne qui, en trente ans, a réussi autant qu une langue de culture
ordinaire en mille ans" dédare H. J. Terblanche, président
de la Genootskap vir die Sandhawing van Afrikaans (Société
pour la conservation de l'afrikaans), cité dans Press Digest,
n· S,1967.
11. Après 1958,
onze députés firent défection pour former le parti
progressiste. une seule, Mme Suzman, fut ensuite réélue.
12. Harrv Oppenheimer,
président de l'Anglo American, a financé de 1949 à
1954, le United South African Trust Fund, qui finançait à
son tour le parti unifié. L'opération, qui devait cesser en
raison de divergences politiques, a coûté à Oppenheimer,
de son aveu même, un demi-million de rands (cf. Oppenheimer, p.11).
13. Ainsi en est-il du
premier d'entre eux qui n'était alors que ministre de la Justice,
J. B. Vorster: "Chacun essaie de construire son parti politique ausi
fortement que possible. Doit-on s'inquiéter, du moment que l'on a
atteint son propre but?" (Die Transvaler, 12 avril 1965).
14. Le S.A.C.P. publie
à Londres, depuis 1960, une revue trimestrielle, The African Communist.
Ses déclarations le rangent du côté pro-soviétique
(Cf. Concern about China, dans le n· 27, 1966).
15. Au chapitre syndical,
il conviendrait d'inscrire la N.U.S.A.S., le syndicat étudiant multiracial.
Régulièrement décimé par l'action policière,
il s'est fait le champion virulent d'un libéralisme démocratique.
Son coup de maître fut, en 1966, l'invitation et la venue, en Afrique
du Sud, du sénateur Robert Kennedy qui plongea les officiels dans
le plus vif embarras.
16. C'est sous cette forme
spécifique que s'exprime la conscience ouvrière afrikaner.
17. La nouvelle direction
du M.W.U. a prété serment de résister à "l'assaut
mené par les Cafres, les Maures et les Indiens contre la communauté
laborieuse blanche". L'un des membres de la direction a déclaré
que, s'il le fallait, ils détruiraient le Broederbond, le gouvernement,
la presse afrikaner, sans compter la Chambre des Mines (Sunday Times,
27 novembre 1966). "La nouvelle direction devrait réaliser qu'elle
ne représente plus un groupe ou un comité d'action -- écrit
de son côté le Dagbreek en Sondagnuus, 27 novembre 1966
-- mais qu'elle est à la tête du syndicat officiel qui représente
tous les mineurs" (Press Digest, n· 46, 1966). Les grèves
se sont poursuivies jusqu'en janvier 1967. Des rumeurs circulaient en février
(Dagbreek, 26 février 1967) selon lesquelles les mineurs proietaient
de créer un nouveau parti politique.
18. On évoquera
pourtant les techniques américaines d'analyse de contenu. Reconnaissons
que les moins médiocres de ses résultats sont aussi les plus
empiriques
19. Il est clair que la
recherche des thèmes ne peut être qu'un premier repérage
du terrain. L'idéologie est soumise à certains principes d'organisation
que l'on serait tenter de nommer des opérateurs. Ils associent les
thèmes entre eux et permettent aux messages de circuler selon une
combinatoire particuhère. La cohérence de l'idéologie
est fonction de la cohérence des operateurs. cest par eux que pourra
sélucider la séntaxe de l'idéologie, alors que les
thèmes n en sont que le vocabulaire privilégié. Cette
question sera reprise dans un autre contexte.
20. Il n'existe pas, on
s'en doute, d'exposé clair et complet ou innocent de l'idéologie
de l'apartheid. De très nombreux textes comportent des vues fragnentaires
qu'il faut intégrer. On consultera pourtant les petits livres de
Neame et Holloway ainsi que les publications gouvernementales.
21. La presse sud-africaine
rend compte, en février 1967, d'un ouvrage à paraître:
Die antropogenetika van die Afrikaner du professeur G. Eloff où
la supériorité de la "race" afrikaner est démontrée,
ainsi que sa "nature bonne", son "inclinaison à faire
des promesses trop facilement -- sauf en ce qui touche l'intérêt
national" (Press Digest, n· 6).
22. L'image est, comme
les dirigeants nationalistes l'ont clairement ressenti, un message d'avant
Babel. Elle est consommable immédiatement et par tous. En interdisant
la télévision, le gouvernemenr a déclaré qu'il
protégeait la population des influences subversives de l'extérieur
(car il eût fallu importer une grande partie des programmes).
23. La parenté culturelle
permettrait peut-être de faire un parallèle avec l'évolution
récente de ce mouvement nationaliste belge que l'on dit indifféremment
flamand (nation) ou flamingant (langue).
24. "Primitif"
a pour antonyme "civilisé", c'est-à-dire occidental.
C'est l'occasion de dire que deux concepts sont absents de notre inventairé
idéologique; ceux de race et de civilisation. Ils sont, à
vrai dire, présents partout, et bien que fonctionnant selon des acceptions
courantes dans les systèmes idéologiques européens,
ils composent la toile de fond, ou mieux la trame mélodique sur laquelle
les variations thématiques viennent s'inscrire; ils n'ont pas d'autonomie
et n'existent que comme faire-valoir.
"Nous croyons en la baaskap du Blanc dans les zones qui sont traditionnellement les siennes, mais nous devons aussi nous préparer à reconnaître la baaskap du Bantou dans les zones qui, traditionnellement, lui appartiennent. C'est la seule interprétation valable du concept." M.C.Botha, ministre adjoint de l'Administration et du Développement bantous, Die Transvaler, 24 septembre 1964 (cité dans Legum, p.82).
26. La couleur reste une
séparation au niveau de l'essence. Des témoignages anciens
montrent que l'humanité a été longtemps déniée
aux hommes de couleur: "S'estimant un peuple élu de Dieu, ils
[les Boers du Transvaal] se donnent à eux-mêmes, dans le langage
courant, le nom de Menschen, "les Hommes", et ne daignent
attribuer aux gens de couleur que celui de Schepsels [Skepsel], ou
"Créatures" (Reclus, p.177). Il reste à l'évidence
quelque chose de cette inhumanité signifiée par la couleur.
27. Les caricatures représentent
souvent "Hoggenheimer" (Oppenheimer) avec un nez et des doigts
crochus. Simultanément, le juif est soupçonné d'être
favorable au communisme, car, comme le dit publiquement le général
H. J. van den Sergh, chef de la Sécurité, les juifs deviennent
communistes, parce que le communisme est la forme suprême du capitalisme"
(Press Digest, n· 38, 1966).
28. Un journaliste anglais
travaillant à Johannesburg se fait prendre par la police un soir
qu'il dîne chez des amis dans une location du Rand; il est devant
le commissaire de police: "Manger avec un indigène! Eh bien,
mon vieux, je pensais vous laisser partir: mais maintenant je commence à
me demander si je ne vais pas vous fourrer au bloc!... Comment pouvez-vous
faire ça, mon vieux? Manger avec des indigènes... Ah, mon
vieux, ca me rend malade." Et il avait réellement l'air malade."
(Sampson, p.94).
29. "Cet ascétisme
trouvait dans la Bible la norme solide dont il avait le plus évident
besoin: il est important de noter que cette "bibliocratie" bien
connue du calvinisme tenait les principes moraux de l'Ancien Testament dans
la même estime que ceux du Nouveau, car ils ne sont pas moins authentiquement
révélés." (Max Weber, p.152).
30. "Sans leur Eglise,
les Afrikaners seraient aujourd'hui une communauté déracinée
et perdue", écrivait le Dagbreek en Sondagnuus (24 octobre
1965) à l'occasion du tricentenaire des E.R.H.
31. Nous empruntons cette
expression à P. Van den Berghe (1962) qui cite Vervoerd: "Nous
devrions diriger l'avenir de notre Etat et de notre peuple de la même
façon qu'il était dirigé pour nous par nos ancêtres."
(31 mai 1960.) Il convient peut-être de rappeler que Verwoerd est
né en Hollande...
32. On ne jurerait pas
que l'équation ne soit pas valable telle quelle en Europe occidentale,
avec l'adionction possible d'un quatrième terme qui serait le cannibalisme.
33. Car, pour les nationalistes,
le nationalisme est la phase ultime et nécessaire de l'évolution
politique. On estime donc que le nationalisme noir -- qui est en marche
dans toute l'Afrique -- est légitime, c'est pourquoi il faut lui
donner un foyer afin qu'il ne déborde pas sur le territoire européen.
Là encore, l'illusion est singulière comme certains l'ont
remarqué: "Les idéologues de l'apartheid ne voient pas
-- comme le montre l'histoire de leur propre nationalisme, à l'aboutissement
duquel ils ont eux-mêmes participé -- qu'un nationalisme, même
doté d'un programme beaucoup moins harmonieux, ne se laisse pas mener
de l'extérieur, et surtout pas par ceux-là mêmes contre
qui il est dirigé. a (Hans Detlev Lass, Der burische Nazionalismus,
in Duve, p.112).
34. Ainsi, le sol des Réserves
appartenant à l'État, c'est son chef, en l'occurrence le président
de la République, qui est considéré de jure comme
le chef suprême des tribus (mais il porte rarement le costume).
35. On imagine les problèmes
posés par l'enseignement des faits objectifs dans un milieu si divisé,
où la pression politique sur l'éducation est incessante (F.
Auerbach étudie avec minutie le contenu des manuels d'histoire sud-africains
et analyse les déviations les plus caractéristiques).
36. Mouvement manoeuvré
-- le fait est de notoriété publique -- par Moscou...
37. La loi dit qu'est communiste
celui "qui vise à susciter un changement politique, industriel,
social ou économique quelconque à l'intérieur de l'Union
en provoquant des troubles ou des désordres, en ignorant ou en enfreignant
la loi, ou en menaçant de le faire, ou par des moyens qui incluent
la provocation de troubles ou de désordres, ou de telles infractions,
de telles ignorances ou leur menace" (Suppression of communism Act,
1950).
38. Les projets du Broederbond
-- au cours des années quarante -- de nationalisation et de planification
économiques n'étaient sans doute que les rationalisations
doctrinales erronées d'une réaction idéologique quotidienne
de protestation contre l'économie moderne, plus industrielle qu'agricole.