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SERGE THION

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LE POUVOIR PALE

ESSAI SUR LE SYSTEME SUD-AFRICAIN
(1969)

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EDITIONS DU SEUIL
27, rue Jacob, Paris VI
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| Table des matières |

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IV. Problèmes de la lutte de libération

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Un examen minutieux du système sud-africain montre donc que tous les éléments du pouvoir blanc sont très solidement imbriqués et que les contradictions apparentes sont en fait les aspects variables du dynamisme profond qui anime son évolution générale. Il serait naif d'attendre une crise que rien ne laisse prévoir dans l'immédiat; au surplus, rien ne prédit que son aboutissement éventuel doive satisfaire à la plus élémentaire équité politique. Il est plus sage au contraire de prévoir, pour les années à venir, la poursuite du processus de concentration du pouvoir dans les mains de la fraction dirigeante, soutenue par l'ensemble des Afrikaners et d'une partie de plus en plus large des anglophones.

Ce processus se poursuit pour plusieurs raisons: l'appétit de pouvoir du groupe dirigeant est insatiable car il vise à une suprématie totale des Afrikaners, ce qui est encore très loin d'être le cas, surtout dans le domaine économique. D'autre part, le développement industriel accéléré du pays entraîne une compétition vigoureuse entre les groupes de pression dont les intérêts divergent au fur et à mesure que leur puissance croît. Il est donc d'une nécessité absolue pour le gouvernement d'avoir une politique active et entreprenante; les tensions sont trop fortes pour que l'immobilité soit autre chose qu'un recul grave; cette idée est présente à Pretoria depuis longtemps. En même temps, le dynamisme politique qui s'est manifesté par le renforcement de l'apartheid, l'érection du premier Bantoustan, le lancement des industries frontalières, l'établissement de rapports diplomatiques avec certains petits Etats africains [278] voisins, rencontre des résistances dans une partie de l'opinion publique européenne. Ce sont des résistances d'extrême-droite qui proviennent du plus fidèle électorat du parti nationaliste, les petits Afrikaners, la classe ouvrière et la petite paysannerie.

Ainsi les secteurs les plus vulnérables à l'évolution économique les secteurs les plus conservateurs parmi les intellectuels et les gens d'Eglise peuvent-ils se coaliser momentanément pour attaquer sur divers terrains la politique gouvernementale, pour la dénoncer comme une série d'innovations dangereuses, comme une voie vers la trahison des intérêts éternels de la nation afrikaner. Dans un pays normal, ces critiques seraient normales. En Afrique du Sud elles prennent des proportions dramatiques. Une lettre anonyme dans un journal déclenche trois semaines d'acerbes polémiques dans toute la presse en afrikaans. Vorster dénonce solennellement les "Super-Afrikaners" et les menace rudement d'une remise au pas bien qu'il ait été, avant son accession au poste de Premier ministre, considéré comme un extrémiste, l'un des plus durs du parti. Il est peu vraisemblable que cette pression de l'extrême-droite parvienne à créer une véritable crise. Le régime est assez puissant et le gouvernement assez fort pour contenir une Opposition plus frondeuse que révoltée.

Depuis l'arrivée au pouvoir de J.B. Vorster, à la fin de 1966, les tendances expansionnistes et agressives de la politique sud-africaine se sont nettement affirmées. Après une longue période de repliement dans le laager et d'inquiétude devant l'émergence des nouveaux Etats africains, les dirigeants sud-africains ont repris confiance et commencent à comprendre qu'ils peuvent jouer un rôle, grâce à leur puissance économique, dans les affaires africaines. On remarquera que les capitaux privés, investis dans divers territoires sous régime anglais, n'ont nullement souffert du passage à l'indépendance. Ils mènent aujourd'hui une politique active d'implantation dans divers pays. On sait par exemple que de gros trusts sud-africains comme l'Anglo-American ou les Tabacs Rembrandt (le cinquième de la production mondiale de cigarettes) ont accru leurs participations dans des pays comme la Tanzanie, la Zambie et le Congo.

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La politique africaine du gouvernement a maintenant deux axes. Le premier est une collaboration aussi étroite que possible avec les puissances blanches de l'Afrique méridionale. Pretoria fournit ainsi une aide variée, industrielle et militaire, aux autorités portugaises qui tentent de contenir les guérillas de l'Angola et du Mozambique. La presse parle d'accords militaires secrets. La population européenne est activement conviée à manifester concrètement son appui aux combattants portugais. La Rhodésie blanche est aussi l'objet d'un soutien très actif; l'Afrique du Sud refuse de participer aux sanctions internationales décidées par l'O.N.U.; elle commerce très activement avec Salisbury et a sans doute évité l'asphyxie économique, au moins pour le pétrole, des colons rhodésiens. Les profits n'y sont d'ailleurs pas négligeables pour les Sud-Africains qui ont pris à la Grande-Bretagne sa place de premier investisseur étranger. Les forces de police sud-africaines participent ouvertement aux opérations de "maintien de l'ordre" sur la frontière nord de la Rhodésie et ont subi des pertes dans les escarmouches avec les guérilleros africains. De nombreux Sud-Africains sont intégrés dans l'appareil administratif et policier rhodésien.

Encore qu'une certaine prudence verbale soit de mise à Pretoria, il ne fait aucun doute sur la détermination du régime à engager sa puissance tout entière dans les opérations de répression qui se déroulent à l'extérieur de ses frontières, Angola, Sud-Ouest africain, Rhodésie, Mozambique. Certaines voix s'élevaient récemment dans la presse de Johannesburg pour réclamer un raid aérien punitif sur les camps d'entraînement des maquisards africains en territoire zambien. L'exemple israélien fait école.

Le second axe de la politique africaine de Vorster est celui de la coopération avec les petits Etats africains voisins. Ces quatre territoires, le Lesotho, le Botswana, le Swaziland et le Malawi, tous fort pauvres, étaient jusqu'à une date récente sous obédience britannique. D'une politique surtout répressive, les Anglais se sont tournés au début des années soixante vers la mise en place d'une élite susceptible d'assurer la continuité au lendemain de l'indépendance. Le dernier à y accéder a été le Swaziland qui est entré à [280] l'O.N.U. à la fin de 1968. L'année 1967 a vu dans certains de ces pays une crise, opposant conservateurs et nationalistes, se dénouer par une victoire quasi complète des premiers; les opposants, de tendance nationaliste ou progressiste, ont été plus ou moins légalement mais toujours vigoureusement, éliminés.

C'est ainsi qu'après Moise Tschombé, le chef Jonathan Leabua chef du gouvernement du Lesotho, a été le premier Africain à être reçu officiellement au Cap. Les barrières de l'apartheid se sont ouvertes pour lui, et pour un instant. Il a été suivi par trois membres du gouvernement du Malawi, le seul pays africain qui entretienne une représentation diplomatique à Pretoria. Plusieurs accords de coopération économique ont été signés avec ces différents pays: ils portent sur les investissements industriels et miniers, sur la coopération technique (transports, énergie, radio), sur les prêts financiers, sur la fourniture de main-d'oeuvre à destination du Rand, et ils ont été suivis par la nomination de plusieurs "conseillers" sud-africains (blancs) auprès de ces gouvernements. Ils ont également été suivis par l'expulsion et l'emprisonnement de nombreux réfugiés politiques sud-africains.

Les militants qui y avaient trouvé refuge au temps de la présence anglaise sont maintenant pourchassés avec la même rigueur que dans leur pays natal. Maintes opérations se sont déroulées en coopération avec la Special Branch, qui opère actuellement dans ces pays en toute impunité. Il est difficile de ne pas penser que de ce point de vue l'indépendance correspond à une dégradation de la situation et à un progrès des empiétements sud-africains.

Les dirigeants afrikaners, après une phase d'hésitation, ont compris tout l'intérêt de cette indépendance: ils ont en face d'eux de petits pays, que rien ne protège plus, et qui dépendent entièrement du bon vouloir de leur puissant voisin. Il est aisé, dès lors, d'en faire des alliés dociles. C'est le point de départ d'une politique typiquement impérialiste, à l'échelle de l'Afrique méridionale, qui Joint à la pénétration économique les pressions politiques et les manoeuvres policières. Il est clair, par exemple, que la Special Branch joue dans la région un rôle très comparable à celui de la C.I.A. [281] en Amérique latine. Le prix de la corruption qui s'étend n'est rien auprès du bénéfice immédiat dû à l'élargissement de la zone d'influence sud-africaine.

Pretoria, aujourd'hui, voit plus loin, jusqu'au Congo (où opérèrent de nombreux mercenaires sud-africains), à la Zambie et à la Tanzanie. Il existe au Cap une statue de Cecil Rhodes pointant le doigt vers le nord, sur laquelle est inscrit: " votre arrière-pays se trouve." Il semble bien que les dirigeants afrikaners veuillent reprendre à leur compte cette politique impérialiste dont leurs ancêtres avaient été les victimes révoltées. Cela s'accorde assez bien avec le stade actuel du développement économique sud-africain; la nature et la masse de sa production industrielle lui permettent de jouer le rôle d'une petite métropole impérialiste, surtout si l'on considère le sous-développement profond des régions avoisinantes. Les énormes gisements congolais et zambiens exercent une attraction irrésistible sur Johannesburg. Quant à l'intérêt stratégique, il est Evident. C'est encore la première phase de cette politique, mais les surprises sont possibles.

Elles ne viendront pas, quoi qu'il en soit, de la communauté internationale. Les Nations unies ont maintes fois démontré leur totale impuissance devant le cas sud-africain. Les Etats-Unis se gardent du moindre geste qui pourrait compromettre les très nombreux intérêts qu'ils ont sur place. La diplomatie soviétique est plus attentiste qu'active. Restent les pays africains. Il importe en effet qu'une stratégie à l'échelle du continent s'élabore très vite afin de réagir devant cette offensive montante. Le secrétariat de l'O.U.A. semble avoir pris conscience de la situation mais il ne dispose d'aucun pouvoir réel.

Il est assez probable que dans la période à venir l'Afrique du Sud rencontrera quelques succès. Le commerce avec les Etats d'Afrique noire n'a pas cessé, contrairement aux recommandations de l'O.N.U. Il a certes décru mais il n'est pas jusqu'à telle capitale "révolutionnaire" où l'on ne trouve des produits sud-africains, ne seraient-ce que des oranges. De nombreux pays d'Afrique sont encore trop dominés par l'impérialisme français ou anglo-saxon pour avoir le désir [282] véritable de résister aux offres sud-africaines. Le Sénégal, en 1965, s'en expliquait ouvertement. La seule participation de l'Afrique est le petit soutien que ses institutions spécialisées accordent au mouvement de libération. Cela est certes une contribution précieuse pour ce mouvement. Mais au regard des nécessités de la lutte cette prise de responsabilité limitée est véritablement dérisoire.

Il n'y a donc rien, ou à peu près, à attendre de la communauté internationale. Elle se désintéresse du sort des opprimés de couleur, pour autant qu'ils ne mettent pas en cause la propriété des richesses du pays. Attendons seulement qu'un mouvement révolutionnaire porte des coups sensibles au régime, et l'on verra les bonnes âmes s'intéresser au problème, prêcher la non-violence et expédier du lait concentré aux pauvres Noirs qui ont faim... De fait, les attentistes et les spectateurs, en Occident, sont ceux qui voudraient voir les détenteurs actuels du pouvoir faire faillite et leur passer indirectement la main. Les profits sont gros, les convoitises aussi.

On ne sera pas surpris de constater qu'à l'intérieur du pays les Africains voient les choses d'un oeil tout autre. Pour eux la solution à leurs maux ne peut être que d'une extrême simplicité: l'abolition du système. Ce qui est à l'ordre du jour, c'est la lutte à mort entre la masse des exploités et la masse des exploiteurs. L'ennemi est immédiatement identifiable. Le régime actuel ne peut survivre que par le déploiement quotidien d'une violence massive et dépravée. Cinquante ans d'activité politique n'ont abouti qu'au renforcement de la terreur.

Il est donc parfaitement évident que seule une violence plus grande pourra briser le système actuel. Au moment même où s'annonce cette inquiétante vérité il importe de la concevoir dans toute son ampleur: la lutte de libération passe par l'écrasement physique d'une partie considérable de la communauté européenne. Plus qu'aucun autre peuple au monde, la nation afrikaner est prête à défendre ses extravagants privilèges par les armes; elle est possédée d'un fanatisme suicidaire. Les Afrikaners savent, dans le tréfonds de leur conscience, que leur pouvoir est faible, leur autorité nulle. Que vienne une brèche et la pression les fera sauter.

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Leur brutalité ne leur a acquis aucun droit sur le sol qu'ils dominent, ils sont le dos au mur, aucune terre, pas même la lointaine Hollande, n'est prête à les accueillir. Il leur faut se préparer à mourir.

Ils mourront par le retournement et l'éclatement du cauchemar qu'ils ont su si savamment imposer aux masses africaines. En attendant, cette nécessité de l'affrontement armé pose des problèmes aux dirigeants africains; ils y sont amenés par les circonstances et rien dans leurs traditions politiques ni dans leur formation ne les y prépare. On assiste d'ailleurs à un certain renouvellement des militants responsables d'où a disparu le type clergyman des générations précédentes.

Tous les renseignements qui filtrent d'Afrique du Sud concordent: la violence est la solution spontanée de la population. Sur une ancienne tradition d'émeute urbaine se greffe un violent désir de la violence. Le problème actuel de l'organisation politique n'est donc pas de lancer les masses dans une action violente mais bien de leur inspirer la prudence pour éviter les massacres. La police attend l'occasion avec une impatience à peine dissimulée; il est certain que chaque incident resserre la solidarité de la communauté européenne et le pouvoir le sait bien qui ne cesse d'agiter le spectre sanglant de l'insurrection noire. L'objectif de l'action politique organisée doit donc être de donner à la violence populaire les moyens de l'efficacité.

L'une des principales questions qui se posent alors au mouvement de libération est l'alternative entre guérilla paysanne ou agitation urbaine. La question n'est nullement rhétorique; il existe dans l'histoire sud-africaine de nombreux précédents en ce qui concerne l'insurrection rurale. Le Pondoland, au Transkei, et le Sekhukhuneland, au Transvaal, portent encore les marques fraîches des opérations militaires de ratissage. Plusieurs éléments jouent en faveur de la guérilla: elle trouverait un appui certain dans la paysannerie; l'élimination des agents gouvernementaux est une action que les paysans tendent facilement à réaliser dans diverses régions; certaines zones montagneuses du Cap et du Natal ont [284] toujours servi de refuge naturel; un foyer de guérilla serait un élément très important de prise de conscience dans différents secteurs de la paysannerie et pourrait stimuler d'autres formes de lutte politique.

Mais d'autres éléments de poids jouent en sa défaveur: il n'existe aucune tradition de révolution paysanne, et les cadres du mouvement de libération, dans leur énorme majorité, proviennent des couches urbaines; les zones où une guérilla pourrait s'implanter sont limitées et fractionnées: certaines Réserves seulement, et non, par exemple, celles du Transvaal, situées sur un plateau quelque peu désertique; la chefferie a moderne" s'y opposerait avec force et la chefferie "traditionnelle" qui s'y rallierait y jouerait sans doute plutôt un rôle de frein...

Ce ne sont là que des présomptions. Aucune expérience n'a encore été tentée et il est impossible, pour nous, de prévoir comment l'introduction de la lutte armée affecterait le rapport des différentes couches paysannes entre elles. Une chose reste certaine: une guérilla paysanne dont tout dit qu'elle ne pourrait pas, pour des raisons pratiques, s'implanter dans les zones rurales blanches ne saurait menacer le pouvoir européen que marginalement, et de façon presque symbolique. Ce n'est pas dans les Réserves que se trouvent les biens et les moyens de production qui sont l'apanage du pouvoir; les Réserves font office de réservoir élastique de main-d'oeuvre; à la limite, elles ne sont pas nécessaires; on pourra toujours la trouver ailleurs, dans les pays voisins.

Le centre vulnérable est dans les villes. L'Afrique du Sud est un pays semi-industriel, plus industriel sans doute que la Russie en 1917. C'est incontestablement que la lutte peut se développer. Les locations sont des lieux de concentration propres à une action de ce type et il devrait être possible d'assurer à la population un minimum de sécurité devant les provocations et la répression policières.

Pour ce faire, les révolutionnaires auront, semble-t-il, deux objectifs: l'élimination physique des collaborateurs, fort nombreux, et la mise sur pied d'organisations locales de solidarité. Il n'y a rien [285] d'inconcevable à ce qu'une sorte d'autorité parallèle émerge de la location et entreprenne d'organiser la population. Les militants du mouvement de libération peuvent jouer là un rôle d'avant-garde en prenant les risques inhérents au déclenchement d'un tel processus. Mais seule cette organisation locale pourra protéger pratiquement la population et réduire peu à peu la police à la défensive.

C'est à partir de là qu'une action efficace pourra se dérouler et, par la grève et le sabotage, frapper au point vulnérable. Il importe que l'organisation du mouvement de libération soit solide. L'un des buts de la police, quand elle démantèle les organisations, est de supprimer l'encadrement de la masse pour que se produisent les troubles; on veut faire crever l'abcès de l'émeute, c'est-à-dire les émeutiers. Les cadres doivent donc être formés à l'intérieur du pays.

Dans une telle perspective la priorité se trouve donnée à l'action politique sur l'activité proprement militaire; ce n'était pas le cas dans les débuts de l'Umkonto et l'échec a été assez vite manifeste. Il n'y aura jamais de difficulté à trouver des hommes prêts à se battre les armes à la main; dans un tel pays, les armes se trouvent; la contrebande d'armes est une des spécialités de la pègre de Johannesburg et les quartiers européens sont de véritables armureries où l'on pourra toujours se servir.

Ce qui manque au mouvement de libération, c'est une base militante suffisamment large pour déclencher une mobilisation permanente. D'après les informations les plus récentes ce travail de formation est en cours et se déroule au milieu de difficultés considérables; il se développe lentement mais cela n'est guère surprenant si l'on considère son point de départ. Les difficultés de communication, en particulier, sont énormes mais rien n'indique qu'elles soient insurmontables.

Il est malaisé de savoir exactement quelle est la base politique de l'activité en cours à l'intérieur du pays. Les tracts clandestins les plus récents qui soient parvenus à l'extérieur se réclament de la Charte de la Liberté, élaborée en 1955 (cf. p. 260). L'un d'eux déclare: "Nous combattons pour la démocratie -- le gouverne[285]ment de la majorité -- le droit pour les Africains à diriger l'Afrique. Nous combattons pour une Afrique du Sud où se trouveront la paix, l'harmonie et des droits égaux pour chacun. Nous ne sommes pas des racistes comme le sont les oppresseurs blancs. L'A.N.C. a un message de liberté pour tous ceux qui vivent dans notre pays." Tous ces textes se terminent par: "Amandla ngawethu!": "Le pouvoir au peuple."

La Charte fournit sans doute le modèle d'une société démocratique. Mais il est assez surprenant de constater que le mouvement de libération n'a pas élaboré de programme plus détaillé ni fourni une analyse approfondie de la situation sud-africaine. Les problèmes internes de la société non européenne, en particulier, ne sont pas abordés. Le temps viendra sans doute où, parallèlement à l'accroissement des forces du mouvement, se développera le besoin d'un véritable programme d'action révolutionnaire, susceptible de recueillir l'adhésion populaire et d'engager immédiatement une modification qualitative dans les rapports que les opprimés entretiennent entre eux. Pour déclencher à son profit les dynamismes profonds de la société africaine, le mouvement de libération est condamné à l'action révolutionnaire.


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La lutte sera très longue. A son terme, la pâleur du pouvoir, de privilège qu'elle était, aura d'abord signifié sa peur pour finir par être la couleur naturelle de son cadavre, décomposé par l'histoire.

 


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